CHAPITRE VIII
A Rambouillet, château de plaisance, demeure somptueuse où tant de princes avaient oublié dans les plaisirs combien il faut que le peuple souffre pour qu'un roi s'amuse- à Rambouillet, où, le 26 juillet, Charles X luimême était allé se délasser des fatigues de la chasse, pendant que ses ordonnances embrasaient Paris, il y avait tout au plus en ce moment de quoi héberger cette famille en fuite. Pour payer les dépenses de bouche de sa maison militaire, le roi de France en fut réduit à vendre son argenterie. La Dauphine ne put se procurer des vêtements . nouveaux, et se plaignit de manquer de linge. Enfin, comme pour mettre le comble à tant d'amertumes, le colonel du 15^ léger alla ce jour-là remettre au roi son drapeau. Treize hommes l'accompagnaient : tout le reste avait déserté.
Les gardes-du-corps s'étaient répandus dans le parc et avaient tué un grand nombre de pièces de gibier dans la faisanderie : ce fut une des plus vives douleurs de Charles X 5 car son àme n'étant pas assez forte pour son nMe, il tenait plus aux petits avantages de la grandeur qu'à la grandeur elle-même. Le chasseur se retrouvait presque inconsolable dans le roi résigné.
Le 1" août, le duc d'Orléans reçut une ordonnance de Charles X ainsi conçue :
(( Le roi, voulant mettre fin aux troubles qui existent M dans la capitale et dans une autre partie de la France, u comptant d'ailleurs sur le sincère attachement de son « cousin le duc d'Orléans, le nomme lieutenant-général « du royaume.
« Le roi, ayant jugé convenable de retirer ses ordon- « nances du 25 juillet, approuve que les Chambres se réu-
« nissent le 3 août, et il veut espérer quelles rétabliront u la tranquillité en France.
K Le roi attendra ici le retour de la personne chargée « de porter à Paris cette déclaration.
« Si on cherchait à attenter à la vie du roi et de sa fa-
« mille, ou à sa liberté, il se défendrait jusqu'à la mort.
« Fait à Rambouillet, le 1'' août.
(c Charles. »
Ce message parvint au Palais-Royal à sept heures du matin. M. Dupin aîné s'était déjà rendu chez le duc d'Orléans. Tremblant de perdre le bénéfice d'une royale amitié, M. Dupin conseilla au prince de faire au message de (Charles X une réponse énergique et propre à séparer nettement la cause de la maison d'Orléans de celle de la branche aînée. Il alla jusqu'à se charger de la rédaction de cette réponse. La lettre qu'il écrivit était rude et sans pitié. Le duc d'Orléans la lut, la mit lui-même sous enveloppe, et il présentait à la bougie le morceau de cire qui devait servir à la cacheter, lorsque paraissant se raviser tout-à-coup : « Ceci est trop grave, dit-il, pour que je ne « consulte pas ma femme. » Il passe dans une pièce voisine, et reparaît quelques instants après tenant à la main la même enveloppe, qui fut remise à l'envoyé de Charles X. La lettre que cette enveloppe contenait émut doucement le vieux monarque : elle était affectueuse et pleine de témoignages de fidélité. Charles X en fut si touché que, dès ce moment, toutes ses hésitations s'évanouirent. Charles X n'avait jamais eu pom^ le duc d'Orléans la même répugnance que beaucoup d'hommes de la Cour. Et il en avait donné récemment une preuve éclatante, en ordonnant au général Trogof de confisquer tous les exemplaires des