‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 130 sur 174 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Mémoires de Maria Stella, libelle dirigé contre le duc d'Orléans, et que les courtisans faisaient circuler à Saint- Cloudavec une joie maligne. Il fut donc charmé de trouver dans ce prince le protecteur de son petit-fds, et convaincu que la loyauté du duc d'Orléans était la meilleure garantie de l'avenir royal destiné au duc de Bordeaux, il réalisa sans retard un projet qu'il n'avait encore conçu que vaguement. Non content d'abdiquer la couronne, il usa de l'empire absolu qu'il exerçait sur le Dauphin pour le faire consentir, lui aussi, à une abdication, et il crut au salut de sa dynastie.

Cependant, au sortir de la scène qui vient d'être décrite, le duc d'Orléans donnait audience à tous les hauts personnages qui venaient adorer déjà sa fortune. M. Laffitte, que le prince avait fait prévenir, fut devancé au palais par MM. Casimir Périer, de Broglie, Guizot, Dupin, Sébastiani, Mole, Gérard. Cet empressement étonna un peu M. LalTitte, qui se croyait le droit d'être reçu avant tous les autres. Mais le duc d'Orléans s'avança vivement audevant de lui, et l'entoura de caresses familières, tandis que les assistants, pour plaire au prince, renchérissaient sur les hommages rendus à la puissance du favori. Le duc d'Orléans savait combien les flatteries qui viennent de haut sont irrésistibles. Il connaissait, d'ailleurs, M. Laflitte.Le prenant par le bras, avec une sorte de laisser-aller affectueux, etse retournant vers les intimes, u Messieurs, dit-il, suivez-nous. » Et il entraîna dans l'appartement voisin l'opulent plébéien, charmé, fasciné par ce seul mot qi;i semblait lui promettre une si large part dans le maniement des affaires publiques. Après quelques paroles destinée* sans doute à tempérer par les apparences de la modestie

réclat d'une subite élévation, le duc d'Orléans raconta d'un air mystérieux le message par lequel Charles X le nommait lieutenant-général du royaume. Il ajouta que ce qu'on en faisait n'était que pour le compromettre aux yeux des révolutionnaires, et qu'à un trait pareil il reconnaissait bien la branche aînée. 11 poussa si loin Tamertume de sa plainte, que M. Lalïïtte prit la défense de Charles X devant celui qui allait s'emparer de sa couronne. Le duc d'Orléans reçut dans cette même journée la commission municipale, qui venait déposer en ses mains tous les pouvoirs de la révolution. Le prince avait été de fort bonne heure instruit de cette démarche par une lettre dont les collègues de M. Mauguin lui avaient dérobé la connaissance, parce qu'ils redoutaient son opposition. Ainsi, chacun se hâtait vers la puissance nouvelle. Le duc d'Orléans accueillit avec beaucoup d'affabilité la députation, à la tète de laquelle était le général Lafayette. Au moment où les commissaires sortaient, un aide-de-camj) se pencha à Foreille de M. Mauguin, et l'introduisit dans un cabinet où M. Guizot rédigeait une réponse à la lettre par laquelle la commission municipale avait résigné ses pouvoirs. M. Guizot fit part à son collègue de la réponse qu'il écrivait pour le compte du lieutenant-général. Le prince y remerciait le gouvernement de l'Hôtel-de-Ville du patriotisme qu'il avait déployé, acceptait sa démission, mais le priait de rester en permanence en attendant de nouveaux ordres. « Des ordres! s'écria vivement M. Mau- « guin? — Ah! ce mot vous paraît trop rude, reprit « M. Guizot. Eh bien ! je vais écrire in stru étions. » Hommage puéril et dérisoire aune autorité qui était venu proclamer elle-même son néant !

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