‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 138 sur 174 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Était-il prudent de les laisser derrière soi? Cette réflexion, faite par M Dupoty, fut communiquée au général Pajol par un élève de École polytechnique, et ils se rendirent tous les trois à la caserne de la rue d'Anjou. Or, telle était la démoralisation des troupes, que la démarche audacieuse de ces trois hommes ne rencontra pas le moindre obstacle. Les soldats offrirent eux-mêmes leurs armes, qui furent sur-le-champ distribuées au peuple, et ils partirent pour Meaux, tandis que le général Pajol, suivi de ses deux lieutenants improvisés, rejoignait la colonne.

Les hommes de l'expédition arrivèrent à trois quarts de lieue de Rambouillet, harassés, affamés, et dans le plus épouvantable désordre . La municipalité de Versailles devait livrer six mille rations : elles n'avaient point été livrées. Pour comble de malheur, la colonne s'était grossie de tous les aventuriers qui venaient la rejoindre à travers champs, et de deux mille volontaires rouennais qui avaient marché au secours de Paris. Rencontrés à Saint-Germain par M. Laperche, que le lieutenant-général lui-même leur avait envoyé, ils avaient rejoint à Trappes les derrières de Tarmée dont ils formaient le corps de réserve. A Saint-Cyr, M. Degousée enleva huit pièces de canon appartenant à FÉcole : c'était toute Tartillerie de Texpédition.

Un peu en avant de Rambouillet, la tète de la colonne fut dépassée par une voiture qui allait avec une extrême vitesse. Cette voiture ramenait à Rambouillet le maréchal Maison et MM. Odilon Rarrot et de Schonen. A Coignères, ils trouvèrent les chevaux de poste retenus par le générai fioyer etle frère de M. Cadet Gassicourt. La présence de ces deux voyageurs mystérieux les frappa de surprise, et

ce ne fut qu'après avoir donné la consigne de ne laisser passer personne que les commissaires continuèrent leur route.

La nuit ayant surpris l'expédition àCoignères, le général Pajol ordonna une halte. Il regardait la défaite comme inévitable en cas d'attaque ^ mais il était dans les habitudes de sa vie militaire de jouer avec la fortune et de la braver. Il comptait, d'ailleurs, sur la démorahsation de la garde royale, et on l'entendit répéter, à plusieurs reprises : (( Troupes démoralisées, troupes perdues. »

Cependant, quelques jeunes gens qui connaissaient les lieux, vinrent dire au général Exce'mans qu'il fallait se porter en avant • que les tirailleurs trouveraient un abri sûr dans la Forêt-Verte^ située au-delà de Coignères ; qu'ils pourraient de là menacer sérieusement le château de Rambouillet ^ que c'en était fait des Parisiens, au contraire, s'ils restaient campés dans une plaine, où il suffirait, pour les mettre en déroute, d'une charge de cavalerie. Sur cet avis, le général Excelmans donna ordre à l'avant-garde de continuer son mouvement. Elle avait à peine fait quelques pas, qu'elle rencontra des hommes qui revenaient en toute hâte de Rambouillet et apportaient la nouvelle du départ de Charles X. Ceux qui marchaient au premier rang tirèrent leurs fusils en l'air, en signe de triomphe. Ceux qui suivaient, de leur côté, crurent que le combat s'engageait. L'émotion gagnant de proche en proche, le désordre fut bientôt universel. Pour protéger des troupes naturellement indisciplinables, le général Pajol fit ranger en ligne, de manière à leur servir de rampart, les voitures qui, les avaient transportées. On s'aperçut enfin que ce n'était qu'une fausse alerte, et on bivouaqua sur la route.

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