CHAPITRE I
des influences puissantes sur son cœur le décidèrent : le traité fut révoqué.
Méhémet-Ali, qui en avait déjà connaissance, sans en avoir toutefois reçu communication officielle, ne se montra point blessé. Il désavoua même tout ce qui avait été proposé en son nom. Aussi bien, il avait dû demander au sultan un firman d'autorisation que le sultan avait refusé Alors seulement il fut décidé que la France s'armerait pour la querelle de la France.
L'Angleterre sentit aussitôt se réveiller toutes ses vieilles haines. Elle se montra tour à tour surprise et indignée. Elle demanda des explications, fit entendre des plaintes, eut recours aux menaces.
Le gouvernement français n'en fut ni troublé ni ému. 11 était assuré de Tappui de la Russie. L'Autriche et la Prusse lui étaient favorables. Toutes les petites puissances de l'Italie approuvaient le dessein de purger la Méditerranée des pirates qui Finfestaient. Le roi de Sardaigne y voyait l'affranchissement du commerce de ses sujets. La Hollande n'avait pas oublié qu'en 1808, son consul à Alger, M. Frayssinet, avait été mis insolemment à la chaîne, par ordre du bey, pour un léger retard dans le paiement du tribut accoutumé. Seule, l'Espagne semblait inquiète des accroissements possibles de notre puissance, qui allait se rapprocher d'elle. Mais on n'avait rien à craindre de l'Espagne . son rôle diplomatique en Europe n'avait cessé de s'amoindrir depuis le jour où Charles-Quint s'était enseveli vivant dans le monastère de Saint-Just.
Charles X avait, d'ailleurs, un intérêt pressant à résister aux injonctions de l'Angleterre. On n'eut pas do peine à lui faire comprendre que les embarras de sa po-
litique intérieure exigeaient une diversion éclatante 5 que la monarchie, qui commençait à chanceler sous les coups répétés du libéralisme, voulait être défendue avec passion, et que l'éclat d'une récente conquête rendrait moins périlleuse une atteinte aux libertés publiques.
La monarchie, en effet, s'était créé en France une situation violente et désespérée. C'était toujours entre le pouvoir du roi et celui de l'assemblée, cette lutte inévitable et terrible qui s'était terminée au 10 août pour Louis XVl, et pour Napoléon, le lendemain de Waterloo. Quinze ans d'essais divers n'avaient rien changé à cet antagonisme nécessaire entre deux pouvoirs opposés. Le 2 mars, Charles X adressait à la Chambre, nouvellement convoquée, ces paroles solennelles : « Je ne doute point de votre concours (( pour opérer le bien que je veux faire. Vous repousserez a avec mépris les perfides insinuations que la malveillance « cherche à propager. Si de coupables manœuvres susci- <( talent à mon pouvoir des obstacles que je ne dois pas, (( que je ne veux pas prévoir, je trouverais la force de les (( surmonter dans ma résolution de maintenir la paix puce blique, dans la juste confiance des Français et dans l'a- (( mour qu'ils ont toujours montré pour leur roi. » Et l'assemblée répondait dans une adresse signée par 221 de ses membres : « La Charte a fait du concours permanent u des vues politiques de votre gouvernement avec les (( vœux de votre peuple la condition indispensable de la (( marche régulière des affaires publiques. Sire, notre (( loyauté, notre dévoùment nous condamnent à vous « dire que ce concours n'existe pas. )> La Chambre fut prorogée.
Il avait d'abord été question de la dissoudre immédia-