CHAPITRE I
tement. C était l'avis de M. de Montbel, qui aurait désiré que Fordonnance de dissolution fût suivie d'une proclamation du roi adressée aux électeurs. Cette opinion fut vivement combattue par M. de Guernon-Ranville. Il représenta qu'en faisant ainsi descendre le roi lui-même dans l'arène des partis, on compromettrait gravement la majesté de la Couronne, et qu'une défaite dans ce cas serait un ébranlement du principe monarchique. M. de Montbel avait paru compter beaucoup sur raffection des Français pour Charles X : M. de Guernon-Ranville n'hésita pas à déclarer en présence du monarque que son collègue, sous ce rapport, était dans une erreur profonde. (( Les Français ont cessé d'aimer leurs rois, disait-il. Ne « le voyez-vous pas à cette haine implacable qui pour- (( suit au pouvoir les hommes les plus considérables et (( les plus considérés aussitôt qu'ils ont été honorés du (( choix de la Couronne ? )> Cette rude franchise ne déplut pas à Charles X. L'idée d'une dissolution immédiate fut abandonnée. Mais les choses en étaient à ce point que Charles X ne pouvait plus que se réfugier dans la dictature.
Eh! quelle autre issue restait à la monarchie.? Était-il permis à Charles X d'oublier la leçon que semblait lui donner le monument funèbre élevé en face de son palais? Les concessions avaient-elles sauvé Louis XVi.? Se voyant menacé, lui aussi, il s'était mis à reculer, il avait reculé jusqu'à la place Louis XV ^ et, arrivé là, ne pouvant aller plus loin, il s'était arrêté sous la main du bourreau !
Charles X aurait pu abdiquer, il aurait pu déclarer la royauté abolie en France -, mais quel autre genre de modération lui était permis? Les concessions n'auraient fait I. 10
que le conduire plus tard à ralternative d'abdiquer ou de s'imposer.
N'importe. Sacrifier la nation à ce duel obstiné entre deux pouvoirs inconciliables, marcher au renversement de tous les principes conquis par tant d'années de révolutions, sans autre excuse que 1" impossibilité de maintenir la royauté contre la force des choses, c'était un crime envers le peuple et envers Dieu.
Que si Charles X croyait sincèrement à son droit, en couvrant sa couronne de son audace, il lui manqua toujours, pour échapper à la condamnation de 1 histoire, d'avoir personnellement appelé sur sa tête les dangers de la révolution qu'il préparait. Ne voulant ni abaisser son trône ni en descendre, il se devait d'y mourir.
Mais par ses vertus aussi bien que par ses défauts, Charles X était au-dessous de son destin. Plein de foi et de loyauté, de grâce et de courtoisie, fidèle à ses amitiés, fidèle à ses serments, il avait tout d'un chevalier, si ce n'est l'enthousiasme et le courage. Seulement, ses manières avaient quelque chose de si royal, que, malgré son défaut de cœur, il conjurait le mépris dans un [>ays de guerriers. Avec cela il aurait peut-être suffi à son rôle, si, au lieu d'être obligé de porter la monarchie, il eût été, comme ses ayeux, soutenu et porté par elle. Louis XVIli n'était parvenu à mourir dans son lit qu'en faisant de son règne une longue abdication de la royauté. Charles X avait gémi de rabaissement de son frère, en voyant tout ce qu'il avait abaissé autour de lui. Il espérait refaire ce qui avait été détruit, relever ce qui avait été jeté par terre, c'est-à-dire affranchir la Couronne, en présence de parlementaires impatients de domination; faire revivre