‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 141 sur 174 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

scènes de cette nature devaient laisser dans l'esprit du soldat !

Telle était la situation morale de la famille royale et des troupes, lorsque les Parisiens s'étaient mis en marche pour Rambouillet. Ce fut à Fissue de son dîner que Charles X fut instruit de leur approche. Les courtisans disparurent l'un après l'autre, et quelques-uns avec une précipitation si honteuse, qu'ils oublièrent leurs chapeaux à plumes blanches. MM. Maison, de Schonen, Odilon Barrot, arrivèrent à neuf heures. On les introduisit au château après leur avoir fait parcourir lentement le parc, afin qu'ils pussent juger par eux-mêmes des forces dont Charles X était encore en état de disposer.

Charles X les reçut avec une brusquerie qui n'était point dans ses habitudes. Sa sérénité ne l'avait point abandonné, tant que Forage n avait grondé que sur sa tète et sur celle de son fils. Sa dévotion, je Tai dit, lui faisait regarder son malheur comme un châtiment que lui infligeait la Providence. Mais quel crime avait commis cet enfant qu'on voulait offrir en holocauste à des rancunes déjà si largement satisfaites? Les exigences naturelles de la victoire se peignaient dans cet esprit exalté comme des violences impies. Toujours confiant, d'ailleurs, dans les dispositions qu'il supposait au duc d'Orléans, il ne pouvait comprendre dans quel but on troublait ainsi son repos. <( Que me voulez-vous, Messieurs, dit-il en apercevant <c les commissaires? Tout est réglé maintenant, et je me <( suis entendu avec mon lieutenant-général. — Mais, sire, (( répondit le maréchal Maison, c'est précisément lui qui « nous envoie, pour prévenir votre majesté que le peuple tt de Paris marche sur Rambouillet, et pour la supplier de

(( ne point s'exposer aux suites d'une attaque furieuse. » Charles X , se croyant alors trompé , laissa éclater son ressentiment avec violence, et le maréchal Maison, qui s'était présenté le premier, fut si intimidé, qu'il alla se placer derrière M. de Schonen. M. Odilon Barrot prit la parole avec assurance. Il parla des horreurs de la guerre civile, du danger de hraver des passions encore incandescentes. Et comme Charles X insistait sur les droits du duc de Bordeaux , formellement réservés par l'acte d'abdication, l'orateur lui représenta d'une voix caressante que ce n'était pas dans le sang qu'il fallait placer le trône de Henri V. — « Et soixante mille hommes menacent Ram- (( bouillet, ajouta le maréchal Maison. )> A ces mots, le roi, qui marchait à grands pas, s'arrête, et fait signe au maréchal Maison qu'il désire l'entretenir en particulier. Après quelques moments d'hésitation, le maréchal y consent. Alors, le regardant fixement : « Monsieur, lui dit le « roi, je crois à votre loyauté-, je suis prêt à me fier à « votre parole : est-il vrai que l'armée parisienne qui s'a- (( vance soit composée de soixante mille hommes ? — Oui , « sire. » Charles X n'hésita plus.

On avait lu aux troupes la lettre du roi à son altesse le duc d'Orléans. Le duc de Luxembourg publia un ordre du jour pour apprendre aux gardes que leur position sous Henri V serait la même que sous Charles X, tant le vieux monarque avait de pein^ à se persuader qu'il pût avoir un successeur dans le lieutenant-général 1 II le croyait si peu, qu'il chargea M. Alexandre de Girardin d'aller prendre à Paris six cent mille francs sur le trésor, et, comme il lui était revenu qu'on craignait qu'il n'emportât les diamants de la couronne, il repoussa cette supposition avec

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