‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 142 sur 174 · CHAPITRE VIII. 40l · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. 40l

beaucoup de véhémence et de dignité. Pourquoi d'ailleurs aurait-il emporté des diamants qu'il savait faire partie de l'héritage de son petit-fils ?

Le départ ayant été résolu sur l'avis du duc de Raguse lui-même, Charles X se mit en route pour Maintenon avec sa famille. Des chasseurs de la ligne, des hussards et des lanciers formaient l'avant-garde ^ puis, précédées et suivies par les gardes-du -corps, venaient les voitures renfermant : la première le petit-fils, et la seconde l'aïeul, un enfant et un vieillard : toute la monarchie. Quatre régiments d'infanterie de la garde, les gendarmes des chasses et l'artillerie légère, composaient le corps d'armée. Un régiment de dragons fermait la marche de ce cortège, qui déjà était un convoi funèbre. Sur la route se trouvaient plusieurs châteaux. Nul d'entre leurs possesseurs ne parut pour saluer celui par qui les grands avaient été comblés de bienfaits. Au jour du malheur, les pauvres seuls se souviennent !

Les commissaires qui étaient restés à l'hôtel Saint-Martin, à Rambouillet, pour y donner quelques ordres, rejoignirent Charles X au château de Maintenon, où la famille royale reçut une hospitalité touchante. Dans la nuit qu'il fallut passer au château, la duchesse de Gontaut dit à M. de Schonen avec un sourire triste : « J'ai bien envie (( de laisser cet enfant sur vos genoux )> , et elle lui montrait le duc de Bordeaux. « Je ne le prendrais pas, Ma- « dame! répondit-il. » Quel mystère cachait donc cette réponse, et que s'était-il passé depuis que le duc d'Orléans avait dit à ce même M. de Schonen : « Cet enfant, « c'est votre roi î )>

Les commissaires obtinrent de Charles X qu'il congé- I. 26

diàt sa garde, et ne conservât comme escorte jusqu'à Cherbourg, lieu fixé pour son embarquement, que sa maison militaire. Alors fut rédigé cet ordre du jour, dont les termes méritent d'être pesés :

(( Aussitôt après le départ du roi, tous les régiments « d'infanterie de la garde et de la gendarmerie se met- (( tront en marche sur Chartres, où ils recevront tous les (( vivres qui leur seront nécessaires. MM. les chefs de « corps, après avoir rassemblé leurs régiments, leur dé- « clareront que Sa Majesté se voit, avec la plus vive dou- « leur, obligée de se séparer d'eux ^ qu'elle les charge de (( leur témoigner sa satisfaction, et qu'elle conservera « toujours le souvenir de leur belle conduite, de leur dé- « voùment à supporter les fatigues et les privations dont (( elles ont été accablées pendant ces circonstances mal- « heureuses.

« Le roi transmet pour la dernière fois ses ordres aux (( braves troupes de la garde qui l'ont accompagné : c'est (( de se rendre à Paris, où elles feront leur soumission au (c lieutenant-général du royaume, qui a pris toutes les (( mesures pour leur sûreté et pour leur bien-être à ve- « nir. »

Cette dernière phrase était remarquable 5 elle semblait prouver qu'entre Charles X et le duc d'Orléans il existait des rapports tels, que le premier de ces deux princes avait droit de compter entièrement sur|le second. C'est ce que conclurent de l'ordre du jour plusieurs officiers, qui crurent posséder alors le secret des continuels messages de M. Alexandre de Girardin. Ils pensèrent que Charles X ne s'en serait pas reposé avecaulant d'abandon sur le lieutenant-général Jdu soin de leur bien-être et de leur avenir.

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