CHAPITRE IX
cause de trouble et une source de dangers pour la société tout entière.
Les premiers, par instinct, voulaient la domination de la bourgeoisie plus complète^ les seconds, par calcul, la voulaient plus durable.
De là, dans les premiers une répugnance très-marquée pour tout ce qui tenait aux principes que la Restauration avait cherché à faire prévaloir- et, dans les seconds, une tendance manifeste à emprunter à la Restauration certaines formes conservatrices.
Ces deux partis se dessinèrent dès le lendemain de la révolution. MM. de Rroglieet Guizot, qui en cela répondaient à la pensée intime du duc d'Orléans, affectaient de croire que la révolu tion s'était faite uniquement pour obtenir Texécution stricte de la Charte. Mais leurs adversaires eurent le dessus, et M. Bérard se mit à reviser la constitution.
L'Hôtel-de-Ville appartenait définitivement aux Orléanistes. Le succès avait enflé leur audace, et leur violence, depuis le 31, ne connaissait plus de bornes. Tous ceux qui avaient élevé la voix contre le duc d'Orléans, étaient dénoncés comme ennemis du bien public. Le général Dubourg, surtout, était accusé avec une véhémence calculée. Le colonel Rumigny, aide-de-camp du lieutenant-général, faisait passer M. Dubourg pour un ancien émigré, un agent de Charles X, un traître. Après la scène du 31 à l'Hôtel-de-Ville, le général Dubourg avait compris que sa place n'était plus là : il s'était retiré. Il voulut reparaître deux jours après ^ des mesures étaient prises pour le repousser. A peine eut-il atteint la première marche du second escalier, qu'il se vit assailli par des furieux, et courut risque d'être assassiné.
M. de Lafayette lui-même était prêt de céder au courant et avait perdu contenance. Il avait fait écrire sur les drapeaux de la garde nationale ces trois mots : Liberté, Égalité, Ordre public. M. Girod (de l'Ain) le vint trouver de la part du duc d'Orléans, et le supplia de faire effacer ce moi Egalité, qui rappelait, disait-il, de si lamentables souvenirs. M. de Lafayette hésitait, mais M. Girod (de l'Ain) s'écria : « C'est un fds qui vous en prie au nom de la « mémoire de son père. » D'autres drapeaux furent commandés.
Les républicains, cependant, conservaient encore quelque espérance. Ils savaient de quelles haines jalouses la bourgeoisie poursuivait la pairie héréditaire. Faire décréter sur la place publique l'abolition de la Chambre des pairs était une tentative hardie, mais réalisable. Or, cela fait, que resterait-il du régime politique de la Restauration? Des députés incertains de la légitimité de leur mandat, au milieu des débris d'une royauté vaincue, maudite, foulée aux pieds. Les républicains résolurent donc de faire de l'abolition de la pairie une question de coup de main. Considéré dans ses effets immédiats , leur projet avait quelque chose de puéril et même de ridicule. On devait, de divers points de Paris , se réunir sur la place de l'Hôtelde-Ville , partir de là pour le palais du Luxembourg en poussant des cris propres à exciter le peuple , envahir le palais, jeter les banquettes par les fenêtres , et sceller les portes. Quelque peu sérieuse que fût en elle-même une démonstration de ce genre, elle pouvait avoir d'immenses résultats dans un moment où le peuple bivaquait encore sur les places, dans un moment où la force publique n'était pas encore en action , et où nul pouvoir ne fonction-