‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 148 sur 174 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

nait régulièrement. Mais ce qui donnait à cette démonstration une importance véritable, c'est qu'elle s'appuyait sur l'adhésion, formellement promise, d'un grand personnage que les républicains voulaient compromettre sans retour, et pousser au pouvoir à travers l'émeute. Or, voici ce qui arriva. Dans la nuit du 4 au 5 août, M. Charles Teste reçut la visite de M. Marchais, qui lui apportait une lettre par laquelle le général Lafayette les mandait l'un et l'autre à l'Hôtel-de-Ville. Ils s'y rendent sans retard, et sont admis dans l'appartement du généra). Le jour commençait à poindre, mais la clarté d'une lampe mourante vacillait encore dans la salle. Sur un lit recouvert de basin blanc, Lafayette était étendu les mains croisées sur sa poitrine et profondément endormi. MM. Charles Teste et Marchais s'assirent en silence au chevet du vieillard, et respectèrent long- temps son sommeil. Mais Charles Teste avait trouvé singuliers les termes de la lettre de Lafayette, et il était impatient d'une explication. Il lui posa légèrement la main sur le front et le réveilla. — « Ah ! vous voici. Messieurs, (( dit Lafayette en ouvrant les yeux ^ je vous mandais pour « vous dire que le projet convenu est impossible. — Im- (( possible ! s'écria avec emportement Charles Teste, na- « ture loyale, mais ardente et soupçonneuse. — Que « voulez-vous? reprit Lafayette, on est venu me conjurer (( de ne pas livrer Paris aux hasards d'une révolution « nouvelle. Je l'ai promis, et sur l'honneur. — Mais c'est « sur l'honneur aussi que vous nous avez promis de ne <( pas laisser la révolution se perdre dans une intrigue, (( répliqua Charles Teste, surpris et désespéré. » Il n'insista pas , et bientôt les républicains apprirent qu'ils ne devaient plus compter sur Lafayette.

Ainsi s'étendait peu à peu et se fortifiait, en se dégageant de tous les obstacles, une puissance qui n'avait pourtant pas ses racines au cœur même de la révolution. Néanmoins, quelques ménagements étaient imposés par la situation des esprits aux plus âpres ambitions. Le mot royal, qui, pendant les trois jours avait été effacé partout, n'avait encore reparu nulle part. Les avocats à la cour royale ne s'intitulaient qu'avocats à la cour d'appel. Parmi ceux qui auraient voulu voir couronner le duc d'Orléans, les uns se réjouissaient à l'idée qu'il allait devenir roi en étendant la main sur la couronne^ d'autres, moins initiés à la connaissance dupasse, craignaient qu'il ne fût arrêté par d'intimes scrupules.

Du reste, les droits de la Chambre des députés étaient chaudement discutés dans les journaux, dans les salons, et jusque dans la rue. Un jeune avocat, qui, à un cœur généreux, joignait un esprit droit et mûri par l'étude, M. Camille Roussel, écrivait dans une brochure qui fit sensation : a La Charte de Louis XVIII n'existe plus, (( Charles X Ta déchirée. Les cartouches de ses soldats et (( les nôtres en ont dispersé les lambeaux. La nation fran- (( çaise est rentrée dans le plein exercice de sa souverai- (( neté. Elle seule peut et doit délibérer sur la forme et la (( nature de son gouvernement Mais trente millions « d'hommes ne peuvent délibérer que par des mandatai- (( res \ quels seront ces mandataires ? Les Chambres ac- (( tuelles ne sauraient exercer le pouvoir législatif en vertu « de la Charte, parce que cette Charte n'existe plus ^ que, (( d'ailleurs, elle exige le concours du roi, et que nous u n'avons plus de roi. » La brochure se terminait en ces termes : « Les Chambres peuvent soccuper immédiate-

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