CHAPITRE IX
lout-à-fait tort de compter sur l'appui des fonctionnaires publics et des membres influents du parti de la Cour. Mais aux yeux de quiconque ne s'était attaché aux anciens ministres que par intérêt, leur défaite fut leur premier crime!
La révolution qui venait de s'accomplir était Tœuvre de la France entière. Paris n'en avait été, à tout prendre, ({ue le théâtre. Aussi s'était-elle propagée avec une extrême rapidité dans tous les départements. Partout le drapeau tricolore fut salué avec amour. L'explosion fut électrique et unanime. « On se bat à Paris , )> criait-on sur tous les points de la France, le jour où les communications de la capitale avec les provinces se trouvèrent coupées. C'était la conséquence naturelle de cette forte centralisation que l'Empire avait établie et dont la Restauration avait recueilli l'héritage.
rs'ous n'entrerons pas dans les détails des innombrables soulèvements partiels qui ne furent que le contre-coup de l'insurrection de Paiiis. Tous ces épisodes d'une grande épopée se ressemblent : ils présentent la même physionomie , ils renferment les mêmes enseignements. Seule, l'insurrection lyonnaise arrêtera quelques instants nos regards , parce que nous aurons plus tard à montrer la révolution de 1830 se prolongeant dans l'histoire de Lyon, ville infortunée que devait deux fois ébranler et ensanglanter la guerre civile.
De toutes les cités de France, aucune n'était, peut-être, mieux préparée que Lyon à résister énergiquement aux ordonnances. En 1816 et 1817, elle avait été le foyer des conspirations orléanistes et bonapartistes. Les âmes y avaient gardé , en trait de feu , le souvenir des cruautés
de la cour prévôtale , alors que la guillotine fonctionnait aux cris de vive Henri IV. De 1820 à 1823, la charbonnerie avait poussé à Lyon des racines profondes. La classe commerçante y était libérale:^ et des instincts démocratiques, mêlés de bonapartisme, y dominaient dans la classe ouvrière accrue d'un grand nombre de vieux soldats, que le licenciement de l'armée de la Loire avait rendus aux travaux de l industrie. L'ovation décernée en 1829 à Lalayette, revenant d'Amérique, prouvait de quelle indignation le ministère Polignac avait pénétré cette ville persévérante et brave. Sa résistance aux ordonnances pouvait donc être prévue à coup-sûr. Et en effet, elle n'attendit pas, pour se soulever, la nouvelle de la victoire des Parisiens.
Ce fut le 29 que les journaux apportèrent à Lyon les ordonnances. Quelques heures après, tous les travaux étaient suspendus comme par enchantement ^ les citoyens encombraient les places et les rues : des groupes désarmés, mais menaçants, faisaient en quelque sorte le siège des autorités civiles et militaires, sans qu'un régiment de cavalerie, chargé de les refouler, pût parvenir à les dissiper d'une manière définitive. Une assemblée nombreuse se réunit aux Broteaux , sous l'influence de quelques anciens membres de Vente. Mais là, comme à Paris, les premiers chefs se montrèrent au-dessous de leur rôle et des circonstances. Se couvrant, dans leur révolte, de la protection des formes légales , ils invoquaient la Charte , protestaient de leur respect pour les Bourbons trompés, parlaient d'une pétition collective , et de s'entendre avec l'autorité pour le rétablissement de la garde nationale urbaine sur les anciens cadres. Dans ce but, une commis