CHAPITRE IX
sion fut nommée, ou, plutôt, se nomma elle-même. Les principaux membres de cette commission étaient MM. Mornand, Duplan, aujourd'hui conseiller à la cour de cassation, etPrunelle, qui, plus tard, devait être maire de Lyon.
Ces choses se passaient le 30. Mais le parti de la résistance comptait beaucoup d'hommes énergiques quirritait l'attitude incertaine et molle de la commission. Ils convinrent donc de se rassembler en armes, le lendemain 31 juillet, sur le quai de Retz, à quelques pas de IHôtelde-Ville, et de se nommer des chefs sur le terrain A six heures, les premiers hommes armés parurent aux applaudissements de la multitude.
La nouvelle d'une bataille livrée dans les rues de Paris circulait déjà confusément au milieu des groupes. Les diligences n'étaient point arrivées la veille. Le préfet et le général gardaient sur les communications que leur pouvait apporter le télégraphe, le plus morne silence. A huit heures, M. Morin, rédacteur en chef du journal libéral de Lyon, accourut au quai de Retz. Il avait refusé de se soumettre, ses presses avaient été saisies, et il venait demander secours aux insurgés. Quelques hommes armés furent mis à sa disposition, et il fit paraître sa feuille, qui contenait une protestation vigoureuse contre les ordonnances.
Cependant, le nombre des citoyens prêts à combattre grossissait à chaque instant. Par malheur, les armes étaient rares. Des marchands regrattiers vendirent à des prix fabuleux des fusils rouilles, de vieux sabres sans fourreau Le commandement des insurgés fut déféré au capitaine Zindel, homme de résolution et ardent patriote. D'autres officiers furent élus par acclamation. La foule
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épaisse et menaçante se tenait évidemment aux ordres de l'insurrection.
MM. Debrosses et Paultre de Lamotte, le premier préfet, lesecond commandant de la division militaire, étaient dans une situation dont chaque minute augmentait les périls. Les nouvelles de Paris étaient sombres-, la fidélité des troupes, douteuse, et on savait que plusieurs bourgeois influents étaient liés d'opinion et d'amitié avec des officiers du 10* et du 47° de ligne qui, joints à un régiment de chasseurs et à quelque artillerie, composaient la garnison.
Dans ces circonstances critiques, M. Debrosses déploya un courage qui contrastait singulièrement avec la frayeur dont les royalistes lyonnais semblaient saisis. Uneproclamation qui sommait les insurgés de se dissoudre, sous peine d'être passés par les armes, fut affichée sur les murs de Lyon. Par une faiblesse étrange, la commission élue la veille, appuya cette démarche audacieuse, promettant dintervenir auprès du pouvoir pour obtenir une organisation régulière de la garde nationale.
Ces deux proclamations furent accueillies avec un égal dédain; et un membre de la commission, M. Thomas Tissot, étant venu engager les pelotons stationnés sur le quai de Retz à se dissiper, il fut repoussé avec colère.
Les autorités s'étaient concentrées à THôtel-de-Ville avec la garnison. L'arsenal et la préfecture étaient soigneusement gardés. Des ordres, dont quelques-uns furent interceptés, pressaient vivement les garnisons de Clermont, du Puy, de Montbrison et de Vienne, d'arriver sur Lyon à marches forcées. Un coup de fusil partit : on crutla lutte commencée. Alors, le lieutenant de M. Zindei,