CHAPITRE IX
M. Prévost, se présente seul sur le perron de THôtel-de- Ville, pénètre dans les appartements et somme les autorités de confier à un nombre égal de gardes nationaux et de soldats le poste de THôtel-de-YiUe. On refuse, on exige des concessions. Prévost tire aussitôt sa montre, et la déposant sur la table du Conseil : « Vous n'avez, dit-il, « que cinq minutes pour accepter ce que je vous propose. u Si, ce temps expiré, je ne suis pas de retour auprès de (( mes camarades, ils ont ordre d'attaquer. )>
Il disait vrai : les préparatifs de Fattaque se faisaient partout^ le régiment de chasseurs, qui se portait sur l'Hôtel-de-Ville, ne pouvait percer les rangs serrés du peuple j déjà les pavés étaient arrachés, déjà les voitures servaient de barricades 5 la ligne avait chargé ses armes. Le traité que Prévost proposait fut repoussé par le préfet ; mais le général etles conseillers municipaux Tacceptèrent. Les gardes nationaux furent en conséquence introduits à rHôtel-de-Ville, où on laissa un poste de soldats. Les bataillons regagnèrent leurs casernes, pendant que la foule criait vive la Charte! à bas les Bourbons ! acclamations auxquelles d'anciens soldats mêlèrent le cri accoutumé de vive l'Empereur! L'arsenal fut rendu, les télégraphes furent occupés, la garde nationale s'organisa dans tous les quartiers. La cocarde tricolore fut portée en face des soldats portant encore la cocarde blanche. C'était une victoire complète; celle de Paris ne fut connue que le lendemain.
11 y avait cela de remarquable dans la résistance lyonnaise que, bien qu'elle n'eût pas été déterminée par les événements de Paris, elle fut impétueuse, irrésistible -, et on triompha ici sans coup férir, par le seul effet de Pat-
titude imposante du peuple. La résistance ne fut ni moins prompte, ni moins vive dans un grand nombre de villes. 11 y eut un combat à Nantes ^ Rouen et le Havre envoyèrent des auxiliaires aux insurgés parisiens. A Arras, le rédacteur en chef du Propagateur^ M. Frédéric Degeorge publia courageusement son journal le 27 malgré l'opposition du commissaire de police, et tint lautorité en échec pendant trois jours. Au reste, une partie du l*"" régiment du gér«ie, en garnison à Arras, était disposée à se ranger du côté du peuple, pour lequel se déclaraient déjà hautement le capitaine Cavaignac, ainsi que les lieutenants Lebleu et Odier. L'ardeur de quelques soldats était même si grande que, dans la nuit du 30 au 31 , une cenquantaine d'entre eux sortirent de la ville et marchèrent sur Paris, sous la conduite d'un fourrier.
Le 6 août, M. Guizot remit à M. Bérard un papier écrit de la main de M. Broglie, et qui contenait un projet de modification à la Charte beaucoup plus restreint que celui que M . Bérard avait conçu . L'acte d'abdication de Charles X y était présenté comme un des motifs déterminants d'appeler le duc d'Orléans au trône, ce qui était donner à la dynastie nouvelle le baptême de la légitimité ; rabaissement du cens électoral et du cens déligibilité n'y était point admis; enfin les garanties les mieux précisées dans le projet de M. Bérard s'effaçaient, dans celui des deux ministres, sous le vague des expressions. M. Bérard, sans s'arrêter à des modifications aussi insuflisantes, résolut de ne présenter que son propre travail à la Chambre- La séance du 6 août s'ouvrit sous la présidence de M. Laflitte, qui remplaçait au fauteuil M. Casimir Périer. M. Bérard n'eut pas plutôt lu sa proposition que des ap-