CHAPITRE IX
diatement. MM. Benjamin Constant et Salverte s'élevèrent avec tant de force contre le scandale d'une telle précipitation, que la Chambre, par pudeur, ajourna la discussion au lendemain.
Le lendemain, dès huit heures, on vit arriver les députés au Palais-Bourbon. Les journalistes étaient absents, les tribunes désertes. Cela tenait à ce que la veille on avait fixé à dix heures le commencement de la séance. Or, pendant la nuit, les meneurs de la bourgeoisie avaient fait distribuer aux députés une convocation extraordinaire qui avançait l'ouverture de la séance, tant on redoutait les regards du public?
La délibération allait commencer. M. Demarçay se lève avec indignation : que signifie cette souveraineté furtive que la Chambre s'arroge? Qu'est-ce que ce roi qu'on prétend faire en cachette? L'usurpation paraissait, surtout, flagrante à M. de Cormenin, dont l'inexorable logique devait, plus tard, porter des coups terribles à la dynastie nouvelle. Enfin la discussion est ouverte sur le rapport de M. Dupin, relatif à la proposition Bérard. MM. de Conny et Hyde de Neuville expriment de courageux regrets sur la famille déchue, sur cette race de rois si souvent et si rudement frappée. Le dernier produit une impression profonde sur l'assemblée, lorsque, parlant d'une aussi terrible catastrophe et des insensés qui Tont amenée, il ajoute : « Je ne trahirai point le malheur de ceux que j'ai (( servis depuis mon enfance. Je ne puis rien contre un « torrent, mais du moins j'adresse des vœux au ciel pour (( le bonheur et les libertés de la patrie ! )> MM. Benjamin Constant et de Laborde répondent avec mesure à ces deux discours, tout en repoussant d'une manière énergique
le principe de la légitimité. M. Berryer reconnaît à la Chambre le droit de modifier la constitution, mais non celui de changer la dynastie. « L'intérêt premier, répond (c M. Villemain, est à la fois que le trône soit occupé et (( que les libertés publiques soient garanties. » M. Villemain, le 30, avait déclaré solennellement qu'il ne se croyait pas le droit de disposer de la suprême puissance. Mais la force qui se déplace conserve toujours des adorateurs !
La première partie de la proposition Bérard, modifiée par la commission, fut adoptée en ces termes, qui expliquent parfaitement la politique du duc d'Orléans et de la bourgeoisie dans cette première période de leur commune domination :
t( La Chambre des députés prenant en considération « l'impérieuse nécessité qui résulte des événements des (c 26, 27, 28 et 29 juillet, et de la situation générale où « la France s'est trouvée placée à la suite de la violation « de la Charte constitutionnelle-, considérant en outre « que, par suite de cette violation et de la résistance <( héroïque des citoyens de Paris, le roi Charles X, " S. A. R. Louis-Antoine, dauphin, et tous les membres « de la branche aînée de la maison royale sortent en ce (( moment du territoire français, déclare que le trône est « vacant en fait et en droit, et qu'il estindispensablement (( besoin d'y pourvoir. )>
Cette rédaction était fort bien calculée. L'élévation du duc d'Orléans y était présentée comme le résultat forcé d'événements auxquels il avait bien pu lui-même ne prendre aucune part. Charles X n'était pas chassé du royaume^ il en sortait -, et le duc d'Orléans ne montait sur le trône que parce que le trône se trouvait vacant. Ainsi,