‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 165 sur 174 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

« cinq cents blessés. Il en est mort trente-huit le pre- (( mier jour, douze le deuxième et huit le troisième.

« Hôpital de la Charité. Il y est entré environ cent « blessés, dont quarante sont morts. On espère sauver « un grand nombre des autres.

(( Hôpital Beaujon. On avait annoncé qu'il existait six « cents blessés dans cet hôpital. Il n'y en a été porté que (( quatre-vingts. Huit ou dix ont été amputés. On comp- « tait hier de quinze à seize morts.

« Hôpital du Gros-Caillou. On a reçu deux cents bles- « ses. Un grand nombre d'amputations ont été faites. Il « n'est mort aucun malade. Ce fait, qui semblait extraor- (( dinaire à TAcadémie, a été confirmé par les assertions (( de MM. Larrey et Ladibert.

(( Hôpital du Val-de- Grâce. On n'y a reçu que vingt (( blessés environ. Des enquêtes faites portent le nombre (( des morts et des blessés, pendant les journées des 27 « et 28, de 1,600 à 1,700. Il est probable que le nombre )) est plus considérable, mais on n'a pu avoir de rensei- « gnements sur les blessés reçus dans les ambulances ou (( qui se sont fait reconduire chez eux. Il n'est question (( ici que des hôpitaux. »

Voilà pour les morts : j'ai dit quelle part avait été faite aux vivants.

Les difficultés étaient grandes, sans doute. Après une révolution comme celle qui venait de s'accomplir, quelque rapide qu'eût été la victoire, on ne pouvait se flatter de faire revivre le crédit par ordonnance, de calmer les terreurs du commerce par des articles de journaux, et de ranimer par des proclamations la confiance éteinte. Mais la Convention avait montré, sans même parler ici de ses

provocations à FEurope et de ses fureurs immortelles, quels prodiges peuvent sortir d'un enthousiasme véritable. Si ceux qui s'emparèrent du mouvement des affaires en 1830 avaient fait, pour retirer le peuple de la route des abîmes, des etforts persévérants et courageux, leurs efforts, eussent-ils été stériles, suffiraient pour les absoudre aux yeux de l'histoire. Mais rien ne fut tenté : au-dessous de la Charte revisée et du couronnement d'un roi, il n'y eut plus que le règne d'un fatalisme brutal.

On se prépara toutefois à prêter trente millions au commerce. Mais il n'était pas loisible au gouvernement de distribuer au hasard le revenu public. On prêta donc sur gages à ceux qui possédaient -, par conséquent, on prêta à des banquiers connus, à des manufacturiers opulents. La crise n'en pesa pas moins de tout son poids sur les plus pauvres.

L'histoire ne présente rien de comparable à Fimpuissance dont l'administration fit preuve dans les premiers jours qui suivirent la révolution, impuissance pour le bien, non pour le mal.

Quelques citoyens avaient eu l'idée de fonder à Saint- Denis un grand établissement d'imprimerie, avec l'aide et sous le patronage de l'État. Ils en firent la proposition au ministère de rintérieur -, ils auraient réimprimé spécialement les œuvres révolutionnaires, les écrits de Rousseau, de Voltaire, des encyclopédistes, et leurs ateliers auraient servi d'asile à beaucoup d'ouvriers voués au vagabondage et à la misère. Cette proposition fut repoussée, par le motif que de pareils livres n'auraient point d'écoulement, puisqu'ils étaient des armes dont les libéraux n'avaient plus besoin après la bataille. Réponse profonde et qui vaut la peine qu'on la médite!

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