‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 164 sur 174 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

toutes parts en faveur des victimes de juillet (c'est ainsi qu'on appelait les morts ou les blessés), ceux qui avaient péri furent, en cela du moins, utiles à leurs femmes et à leurs enfants. Beaucoup de ceux qui avaient survécu furent moins heureux.

Pendant ce temps, on s'occupait au Château de reviser la Charte, c'est-à-dire, de rétablir la garde nationale, dont il devait être facile d'exclure le peuple, en faisant d'un uniforme coûteux une condition nécessaire d'admission 5 d'affranchir plus complètement la presse qui, jusque-là, n'avait guère étudié les intérêts du peuple ; d'étendre à un plus grand nombre de citoyens le pouvoir de faire des lois 5 d'accorder aux législateurs de la bourgeoisie le droit d'initiative; de reprendre, enfin, par l'égalité des cultes et la défaite de la noblesse, les traditions de 89.

Mais répartir plus équitablement les impôts, alléger les charges qui écrasent le pauvre, abolir ces contributions indirectes de la Restauration, nées des droits réunis de l'Empire, aviser aux moyens de porter remède à la mobilité homicide des salaires, fonder des ateliers pour les combattants de la veille, devenus le lendemain des

ouvriers sans travail , rien de tout cela ne parut digne

d'être mis en discussion • rien de tout cela n'exista, même sous forme de promesse.

En revanche, on étendit sur les joueurs de Bourse une sollicitude remarquable. Les ordonnances de Charles X étaient venues subitement favoriser les spéculateurs à la baisse. Or, quelques-uns d'entr'eux, comme on l'a vu, avaient été mis dans le secret des ordonnances et avaient joué à coup-sùr. Les spéculateurs à la hausse se pré va-

lurent de cette circonstance pour demander que la liquidation des primes n'eût lieu que le 9 août. Les banquiers qui avaient joué à la hausse, et qui étaient en état d'agir sur la Bourse avec des millions, comptaient profiter du délai accordé pour raffermir les cours par des achats convenablement calculés. Mais l'accorder, ce délai, c'était consacrer une injustice. Car, en premier lieu, on rendait tous les joueurs à la baisse victimes d'une perfidie que tous n'avaient pas commise -, et, ensuite, on méconnaissait arbitrairement, au profit des uns, au détriment des autres, le caractère essentiellement aléatoire des opérations de Bourse. N'importe. Les joueurs à la hausse étaient du côté des vainqueurs : Farrêté qu'ils désiraient fut pris par le commissaire au département des finances, et l'opulence compromise en des marchés honteux, en des spéculations iUicites, obtint une protection qu'attendirent en vain des ouvriers réduits au désespoir, et offrant leur travail pour un peu de pain.

Pour cette Charte qu'on revisait, le sang des pauvres avait coulé à flot, et le gouvernement n'ignorait point la grandeur du sacrifice, lorsque le 5 août, il faisait publier par le Moniteur^ journal officiel, Farticle suivant :

(( Les renseignements qui ont été donnés dans divers <( journaux sur le nombre des blessés et des morts étaient (( inexacts ^ nous croyons devoir donner les suivants, « transmis hier, 4 août, à FAcadémie royale de méde- (c cine, par les divers chirurgiens, ou médecins des hôu pitaux :

« Hôlel-Dieu. Il y est entré près de cinq cents blessés, a appartenant pour la grande partie aux citoyens, « puisqu'on ne comptait que vingt-cinq militaires sur ces

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