‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 21 sur 174 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

timents. Par un déplorable effet de Timpiété des haines de parti, les conquêtes d'une armée française attristèrent la moitié de la France. L'honneur national venait de s'élever, la rente baissa. Elle avait été en hausse le jour où Ton apprit à Paris le désastre de Waterloo !

Les passions, loin de se calmer, devinrent donc plus ardentes que jamais. Les feuilles libérales avaient fait revivre, pour en accabler M. de Bourmont, un des plus cruels souvenirs d'une époque féconde en perfidies ^ elles cherchèrent à détourner toute la gloire de l'expédition sur l'amiral Duperré. -

Les royalistes, à leur tour, exhalaient contre lui ûes plaintes amères, quoique peu bruyantes.

(c Le départ de la flotte, se disaient-ils l'un et l'autre, « était fixé au 16 mai : pourquoi l'amiral a-t-il, sansau- « cun motif plausible, différé le départ jusqu'au 25.? Et, « lorsque le 30 au matin, la flotte n'était plus qu'à cinq « ou six lieues du cap Caxime, pourquoi l'a-t-il ramenée « dans la baie de Palma, malgré les instances du général « Bourmont, et sans que la force du vent fournît une lé- « gitime excuse à cette détermination subite ? Et puis, « que ne montrait-il plus de prévoyance ? N'aurait-il pas ((. dû, dans tous les cas, fixer d'avance et indiquer aux u escadres le point où, dispersées, elles pourraient se réu- « nir.? La Méditerranée n'aurait pas vu plusieurs de nos (( vaisseaux errer sur ses flots à l'aventure, et la flotte n'au- « rait pas mis huit jours à se rallier dans la baie de Palma. « Ce n'est pas tout encore. A qui la faute, si, après le dé- (( barquement, l'absence des moyens de transport a trompé « l'ardeur de nos troupes ? Sans l'arrivée si tardive du <( convoi qui portait les chevaux du train, la grosse artil-

« lerie et le matériel du siège, le combat de Staouëlie (( n'aurait pas eu lieu, peut-être, et nous aurions payé de (( moins de sang une conquête plus rapide. » Quelquesuns prétendaient, sur la foi de leurs correspondances privées, que, pendant le siège du Château de l'Empereur^ la flotte avait défilé hors de la portée du canon, et n'avait que très-imparfaitement soutenu les efforts de Tarmée de terre.

Ces accusations, suspectes d'ailleurs dans la bouche d'adversaires politiques, étaient dirigées moins contre l'amiral que contre ceux àFinfluence desquels on le supposait accessible. Quoi qu'il en soit, le baron d'Haussez demanda que M. Duperré fut traduit devant un conseil de guerre. Mais, non content de s'y refuser formellement, Charles X l'éleva à la pairie. Les libéraux se plaignirent, disant que le titre de pair n'équivalait pas à la dignité de maréchal de France, accordée àM. deBourmont.

Le bruit du Te Deum se perdit dans ces clameurs des partis aux prises. Elles furent si fortes, que l'on remarqua peu le rapport financier où M. de Chabrol annonçait pour 1 831 un excédant de recettes de 3 mihions.

Si, lorsqu'il s'était agi de conquérir Alger, la politique du ministère Polignac n'avait pas manqué de vigueur, ses vues, lorsqu'il fut question de mettre à profit la conquête, manquèrent complètement de hardiesse et de portée. D'après l'opinion qui semblait prévaloir dans le Conseil, on se serait borné à raser la ville d'Alger, à occuper Cran comme position militaire, et Bone comme position commerciale. Aussi M. de Bourmont avait-il l'ordre de se renfermer provisoirement dans Alger. Son expédition sur Blida dépassait les limites de sa mission : considérée à la

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