‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 22 sur 174 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Cour comme un envahissement de Tesprit militaire, elle y fut désapprouvée. De conquérants de l'Afrique, nous devenions en quelque sorte concierges de la Méditerranée. La puissance des moyens disparaissait dans Tinanité du résultat. Mais la piraterie abolie, et la chrétienté délivrée d'un tribut honteux suffisaient pour la satisfaction de Charles X, sa dévotion n'ayant pas besoin de la conquête d'un monde.

Cependant des rumeurs sourdes commençaient à se répandre. Était-il vrai qu'un charbonnier, parlant au nom des forts de la halle et des ouvriers du port, eût dit au roi : (( Sire, le charbonnier est maître chez lui ; soyez maître (( chez vous ! » Les courtisans Taffirmèrent, et commentèrent le mot avec emphase, tandis que les écrivains de la bourgeoisie, tout en le niant, insistaient sur l'abrutissement des classes ouvrières, sur le danger de leur alliance, et dénonçaient avec emportement ce qu'il y avait d'artificieux dans les allures démagogiques de la royauté.

Voici, par exemple, ce que publiait le 22 juillet 1830. le National^ journal créé dans Tintérèt de la maison d'Orléans : a Un journal qui n'a pas toute la confiance (( du ministère, mais qui partage tous ses sentiments, « s'écrie à propos d'une opinion exprimée j^ar nous ces (( jours passés : « On ne veut point de sabots ni de piques. (( mais on veut bien des patentes. Quoi ! les patentes sont « au-dessus des sabots ! Y pense-t-on ? » Voilà ce qui ca- <( ractérise, bien mieux encore que la petite histoire de « Torateur-charbonnier, la situation désespérée de nos (( contre-révolutionnaires. Quand on s'est mis en oppo- « sition avec l'esprit public dans un pays, quand on ne « peut s'entendre ni avec les Chambres, qui le représen-

tent légalement, ni avec les organes tout aussi légaux que lui fournit la presse, ni avec la magistrature indépendante, qui relève de la loi seule, il faut bien trouver dans la nation une autre nation que celle qui lit les journaux, qui s'anime aux débats des Chambres, qui dispose des capitaux, commande l'industrie et possède le sol. Il faut descendre dans ces couches inférieures de la population où l'on ne rencontre plus d'opinion, où se trouve à peine quelque discernement politique, et où fourmillent par milliers des êtres bons, droits, simples, mais faciles à tromper et à exaspérer, qui vivent au ( jour le jour, et luttant à toutes les heures de leur vie ( contre le besoin, n'ont ni le temps ni le repos de corps ( et d'esprit nécessaires pour pouvoir songer quelquefois c à la manière dont se gouvernent les affaires du pays. ( Voilà la nation dont il plairait à nos contre-révolution- ( naires d'entourer la Couronne. Et, en effet, c'est dans ( les bras de la populace qu'il faut se jeter quand on ne ( veut plus de lois. »

On verra comment trois jours après la publication de cet article, ceux qui traitaient la populace avec tant de mépris, se servirent d'elle.

La dissolution de la Chambre avait donné lieu à des élections nouvelles. Là devait être le triomphe des libéraux : là fut aussi leur danger. La royauté avait résolu d'exciter contre eux les fureurs populaires. A ce pouvoir électif, dont ils s'armaient pour la contenir, elle opposait par ses écrivains le suffrage universel. Quelques-uns de ses agents parcouraient les villes du Midi, et cherchaient à y fomenter des émeutes factices. A Montauban, l'élu de la bourgeoisie, M. de Preissac, fut assailli dans sa maison par

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