‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 26 sur 174 · CHAPITRE I. 16Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. 16Î

été que simple sous-lieutenant, à un plébéien maréchal de France. De là, des mécontentements, une désaffection sourde 5 et dans les chefs de l'armée, une grande déflance de leur propre autorité. Combien ne devait pas être irritante pour d'anciens soldats comme le duc de Raguse et le général Vincent, cette prédominance absolue de la hiérarchie de Cour sur la hiérarchie militaire? Dans les pays despotiques, ils avaient vu la splendeur des titres s'éclipser à côté de l'éclat des grades : ils s'étonnaient tout à la fois et s'indignaient que, dans un régime constitutionnel, on fît plus de cas d'un parchemin que des plus brillants états de service.

A ces fautes de Charles X, le clergé ajoutait les siennes. Pendant que le bas clergé déconsidérait le pouvoir par ses taquineries, le haut clergé le compromettait par ses intrigues et son orgueil. L'influence des aumôniers dans les régiments y était un sujet de sarcasmes quand elle n'y était pas un encouragement à l'hypocrisie. Lorsqu'il s'était agi d'inaugurer le monument expiatoire élevé à Louis XVÏ, Charles X devait figurer dans cette cérémonie en habit violet, le violet étant la couleur de deuil pour les rois. Eh bien, le bruit courut parmi les soldats que son intention était de paraître en public revêtu d'un costume d'évêque. Tout cela prêtait au ridicule chez un peuple qui n'est jamais plus frondeur que sous les armes. Du reste, quand on appelle à soi la protection divine, il ne faut pas la faire trop descendre. C'est insulter le suprême arbitre des choses que d'associer la majesté de son nom à des actes sans grandeur. L'alliance conclue par Charles X entre la monarchie et la religion n'élevait pas le trône : aux yeux du peuple, elle rapetissait Dieu.

Voilà dans quel milieu la royauté se trouvait quand elle résolut de briser toutes les résistances légales. Violer la Charte, le roi n'y songeait même pas. Non qu'il la trouvât bonne, mais il l'avait jurée. Or, il était à la fois gentilhomme et dévote Entre l'accomplissement de ses désirs et le respect de sa parole, l'article 14 semblait offrir une conciliation possible . User du bénéfice de cet article devintbientôtsa plus ardente préoccupation, et mille circonstances la dénoncèrent sans efi définir exactement l'objet.

Alors, parmi les royalistes, les plus clairvoyants se montrèrent inquiets. M. de Villèle fit un voyage à Paris pour détourner de la royauté, s'il en était temps encore, le coup qu'il prévoyait. De son côté, M. Beugnot disait : « La monarchie va sombrer sous voile comme un vaisseau « tout armé. )> Chaque jour, et de toutes parts, on assiégeait les ministres pour avoir le mot de cette redoutable énigme^ mais ils s'enveloppaient de mystère, et le président du Conseil rassurait les membres du corps diplomatique, lorsque, tremblant pour la paix du monde, ils venaient l'interroger sur les choses du lendemain. Instruit de tout ce qu'il y avait d'extraordinaire à Paris dans la physionomie de la Cour, M. de Metternich s'était ouvert de ses craintes à l'ambassadeur de France, M. de Reyneval, et il avait prononcé ces paroles remarquables : « Je « serais beaucoup moins inquiet, si le prince de Polignac <( l'était davantage*^. »

' 0 Charles X, croyant son trône et la Charte menacés, a voulu défendre € l'un et l'autre. On ne saurait nier aujourd'hui que l'un et l'autre ne fus- € sent en danger, puisque la Charte et le trône ont été renversés à la fois. »

(Note manuscrite de M. de Polignac.)

2 Nous avons sous les yeux un recueil de notes écrites de la main de

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