‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 27 sur 174 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

La vérité est que Tattitude de M. de Polignac vis-à-vis des ambassadeurs étrangers avait toujours eu un caractère particulier de défiance et de hauteur. Aussi leurs dispositions étaient-elles peu favorables au dernier ministère. L'expédition d'Afrique avait irrité la jalousie des Anglais, dont lord Stuart représentait en France les craintes et les répugnances. Dans le projet relatif à la cession des provinces du Rhin, on n'avait pas fait à la Prusse une part, suivant elle, assez large, et les relations de M. de Werther avec la Cour en avaient été légèrement altérées. Quant à l'ambassadeur de Russie, M. Pozzo di Borgo, il était secrètement irrité contre Charles X, qui, sans blesser les convenances, n'avait jamais pu se résoudre à le traiter autrement que comme un parvenu.

Tout se réunissait donc pour rendre la situation grave et alarmante. Mais Charles X communiquait à M. de Polignac une sécurité qu'il recevait de lui à son tour. 11 Lavait pris pour ministre précisément parce qu'il n'avait pas à redouter en lui un contradicteur. Charles X manquait tout à fait de décision^ mais, ainsi que tous les esprits irrésolus, lorsqu'une fois il avait pris un parti, il voulait avec fougue, pour n'être pas obligé de vouloir long-temps .

C'est pourquoi le monarque et le ministre mirent l'un et l'autre à s'aveugler, une folie opiniâtre et impatiente.

M. de Polignac et relatives aux événements de 1830. Nous publierons ces notes au fur et à mesure , alors même que nous serions fondés à croire inexactes les assertions qu'elles contiennent. Car il s'agit ici pour nous d'un devoir de loyauté. Voici une de ces notes :

€ Les ambassadeurs ne firent aucune représentation. Je ne les laissais « pas s'immiscer dans les affaires intérieures de la France. »

n0 . HISTOIRE DE DIX ANS.

Malheureux à qui manquait la vigueur de leur témérité, et qui fermaient les yeux devant le péril, capables qu'ils étaient de le braver, mais non de le braver sans s'étourdir !

Quoi qu'il en soit, l'incertitude publique, en se prolongeant, éveilla cet esprit de spéculation propre à la haute bourgeoisie. L'audace des hommes de Bourse trouvait dans les obscurités de la politique un aliment dont elle ne manqua pas de s'emparer. Les banquiers assiégeaient par leurs émissaires toutes les avenues du trône. Des influences de sacristie furent mises en jeu : des traités furent passés avec certains personnages qui avaient l'oreille des ministres. Un financier qui, sous l'Empire d'abord, puis sous la Restauration, s'était acquis une déplorable réputation de hardiesse et d'habileté, s'engagea par acte passé devant notaire, à payer cinquante mille francs la communication d'un travail préparatoire des ordonnances qu'on prévoyait. Les cinquante mille francs furent payés, et l'heureux spéculateur se mit à jouer à la baisse. Moins bien informé, et convaincu que la crise n'éclaterait qu'au mois d'août, M. Rothschild, au contraire, jouait à la hausse. Dans la nuit du 25 au 26 juillet, le prince de ïalleyrand manda auprès de lui un de ses amis dont la fortune était fortement engagée dans les affaires de Bourse. Il lui apprit qu'il était alléàSaint- Cloud dans la journée -, qu'il avait cherché à entretenir Charles X des appréhensions du roi d'Angleterre, dont il avait reçu confidence^ mais que, pour l'éloigner du monarque, tout avait été mis en œuvre par les familiers du Château^ qu'il avait dû en conséquence quitter Saint- Cloud, et qu'il croyait, d'après l'accueil qu'il venait de

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