CHAPITRE III
sie et du peuple. Elle fut rendue plus étroite par la folie de €harles X et de ses ministres.
L'officier général qui devait, pendant la journée du 27 et les journées suivantes, avoir le commandement de Paris, ne put remplir sa mission. Le duc de Raguse fut désigné pour le remplacer. Désignation funeste! car, Paris livré à Tennemi, nos palais occupés par des barbares, nos musées dévastés, nos places publiques éclairées par le feu des bivouacs, les Cosaques galoppant la lance à la main devant nos mères éperdues, et venant renverser l'Empire sur des chevaux marqués aux flancs de FN impériale, douleurs et honte de la patrie, tout cela, pour le peuple, se résumait dans un nom, et ce nom, c'était celui du duc de Raguse. En le mettant à la tête de ses défenseurs, la vieille monarchie comblait la mesure de ses fautes -, elle faisait ellemême d'une querelle toute bourgeoise la cause du peuple. Comment se serait-il abstenu ? Derrière lui, des agitateurs pour lui faire peur de la faim 5 devant lui, Marmont pour lui rappeler TEmpereur trahi et Waterloo !
Mais l'aveuglement de Charles X et de son premier ministre était immense. Aucune précaution n'avait été prise. Il y avait tout au plus 12,000 soldats à Paris, dont la garnison venait d'être affaiblie -, le parquet n'avait pas été prévenu ; au ministère de la guerre, M. de Champagny était relégué dans des détails administratifs, et M. de Polignac regrettait de n'avoir pas de capitaux disponibles pour les mettre dans les fonds publics.
Lesexagérésdu parti royaliste allaient jusqu'à se réjouir de tout ce bruit. Ils avaient dit souvent qu'il fallait faucher dans le champ des factions ^ que Louis XVI s'était perdu par excès de bonté ^ que le salut de la monarchie
demandait des victimes, et 93 des expiations. Le spectacle qui se passait sous leurs yeux n'était donc pour leur fanatisme queTindication de l'heure suprême fixéeparla Providence. A quoi servirait cette grande secousse donnée à la société, sinon à faire sortir de la foule les têtes qu'il importait de couper ? Des mandats d'amener furent lancés contre les signataires de la protestation des journalistes, et Tordre fut donné de saisir les presses des journaux en révolte.
Le Temps était celui de tous qui avait déployé le plus d'énergie. On devait s'y attendre à une invasion. Et en effet, vers midi, un détachement de gendarmerie à cheval vint se ranger en bataille devant la porte. La maison menacée était située dans la rue Richelieu, une des plus passantes de Paris, et les presses qu'il s'agissait de saisir étaient établies au fond d'une vaste cour. On annonce l'arrivée du commissaire. Aussitôt M. Baude fait fermer les portes de l'imprimerie et ouvrir à deux battants celle qui donnait sur la rue. Ouvriers, rédacteurs, employés de toute espèce se rangent sur deux files \ M. Baude se place au milieu, tête nue, et l'on attend dans un profond silence. Les passants s'arrêtaient émerveillés^ quelques-uns s'inclinaient avec respect^ les gendarmes étaient inquiets.
Le commissaire arrive. Forcé de passer au milieu de ces hommes impassibles et muets, il se trouble, pâlit, et parvenu jusqu'à M. Baude, il lui fait connaître avec politesse l'objet de sa mission. « C'est en vertu des ordonnances, u Monsieur, lui dit M. Baude avec fermeté, que vous venez « briser nos presses. Eh bien ! c'est au nom de la loi que « je vous somme de les respecter. » Le commissaire envoya chercher un serrurier. Les portes de l'imprimerie allaient être enfoncées. M. Baude arrête l'homme du