CHAPITRE lU
27 JUILLET. — La bourgeoisie soulève le peuple. — La révolution commence par les ouvriers imprimeurs renvoyés de leurs ateliers. — Causes réelles de la colère du peuple. — Confiance du premier ministre. — Joie des royalistes exagérés. — Exemple de résistance légale. — Nouvelle réunion des députés : vains discours. — Des jeunes gens chargés par des gendarmes, sous les fenêtres de M. Casimir Périer. — Bourgeois et prolétaires confondus dans l'émeute ; surprise, hésitation des soldats. — Le Palais-Royal, point de départ de l'insurrection, comme en 89. — Les élèves de l'Ecole polytechnique se préparent au combat. — Un drapeau tricolore déployé. — Aspect sinistre de la ville de Paris dans la soirée du 27. — Les meneurs delà bourgeoisie s'élonnent et s'effraient de l'importance du mouvement imprimé par eux-mêmes. — Réunion d'électeurs. — Les bonapartistes se concertent. — Parmi les hommes de la bourgeoisie, plusieurs ne songent qu'à faire capituler Charles X ; et de ce nombre, Casimir Périer ; ovation que lui font des hommes du peuple qui le croient révolutionnaire. —Élèves de l'École polytechnique allant frapper à la porte de M. Lafïitte. — Distribution de cartouches à Saint-Denis ; le 6' régiment de la garde marche sur la capitale.
Le 27, la portion la plus active de la bourgeoisie se mit à Toeuvre, et rien ne fut épargné pour émouvoir le peuple. La Gazette^ la Quotidienne , Y Universel^ s'étaient soumis aux ordonnances par conviction ou esprit de parti -, le Journal des Débats et le Constitutionnel, par frayeur et mercantilisme. Le Globe, le National,\e Temps, qui avaient
paru, furent répandus avec profusion. L'ordonnance de police qui, la veille, en avait interdit la publication, ne faisait qu'irriter la curiosité. On les jetait par centaines dans les cafés, dans les cabinets de lecture, dans les restaurants. Des journalistes couraient, pour les lire et les commenter, d'atelier en atelier, de boutique en boutique. On vit des hommes d'une mise soignée, de mœurs et de manières élégantes, monter sur des bornes et se faire professeurs de rémeute, tandis que des étudiants, attirés du fond de leur quartier par ce besoin d'émotions naturel à la jeunesse, parcouraient les rues, armés de cannes, agitant leurs chapeaux et criant : Vive la Charte !
Lancés au milieu d'un mouvement qu'ils ne pouvaient comprendre, les hommes du peuple regardaient toutes ces choses avec surprise^ mais, cédant peu à peu à l'action de ce fluide qui se dégage de toute agitation forte, ils imitaient les bourgeois, couraient de côté et d'autre d'un air effaré, et criaient à leur tour : Vive la Charte !
Parmi les fauteurs delà sédition, il yen eut qui tremblèrent d'avoir trop fait. Ce qui ne devait être qu'une démonstration propre à ramener la royauté en l'effrayant, ne pouvait-il pas devenir un ébranlement au bout duquel seraient le pillage, et la dictature de quelques tribuns, plus redoutable encore que celle d'un roi ? Y avait-il prudence à réveiller toutes les passions endormies au fond d'une société sans lien ? Quelques maîtres d'ateliers retinrent donc leurs ouvriers. D'autres, plus hardis, les renvoyèrent en leur disant : a Nous n'avons plus de pain à « vous donner. « Bientôt les imprimeries furent désertes et les rues inondées !
Là commençaitl'alliancerévolutionnairede la^bourgeoi-