CHAPITRE m
« se battront 5 si vous ne leur en donnez pas, ils vole- <( ront. »
On ne leur en donna point, ils en prirent, ne volèrent pas, et ne songèrent qu'à combattre.
Cependant, quelques citoyens, parmi lesquels MM . Thiers, Cauchois-Lemaire, Chevalier, Bastide, Dupont, discutaient chez M. Cadet-Gassicourt les moyens de régulariser la résistance. La maison était située dans la rue Saint-Honoré : on y délibérait au bruit de la fusillade, et il y régnait plus de confusion que d'ardeur. La nécessité de recourir aux formes légales y fut énergiquement proclamée par M .Thiers . Dans Tesprit de la plupart des assistants, le mouvement qui agitait la capitale n'avait pas un autre caractère et ne devait pas avoir une autre issue que celui qui, en 1827, avait éclaté dans la rue Saint-Denis. La réunion elle-même n'avait pour objet que de former dans chaque arrondissement un comité de résistance chargé de correspondre avec les députés. Mais les révolutions ne se font point avec tant de méthode. Retirés dans un coin de la salle, quelques hommes intrépides, tels que MM. Charles Teste et Anfous, s'impatientaient de ces lenteurs de la discussion-, sans attendre la fin, ils sortirent, et coururent dans la ville se concerter avec leurs amis pour la bataille du lendemain.
Une autre réunion eut lieu chez le général Courgaud, dans laquelle se trouvèrent MM. Clavet-Gaubert, ancien aide-de-camp du général Bertrand, M. Dumoulin, le colonel Dufays, le commandant Bacheville, tous hommes de l'Empire. On s'y donna rendez-vous pour le lendemain sur la place des Petits-Pères, non loin du Palais-Royal.
D'autres ne songeaient qu'à faire capituler Charles X, seul moyen, suivant eux, de passer entre ces deux écueils :
le despotisme et le pillage. Le baron de Vitrolles reçut la visite du docteur Thibault, qui avait avec le général Gérard d'assez étroites relations. Le but de cette visite était d'engager M. de Vitrolles à une démarche conciliatrice auprès de Charles X, sur Fesprit duquel on connaissait son influence.
Mais une révolution était devenue inévitable. Or, ce peuple, qui allait la faire, en comprenait-il bien le sens, et pouvait-il en pressentir la portée.^ Savait-il où étaient ses ennemis? Savait-il quels hommes il devait prendre pour chefs? Dans cette soirée, une voiture fut arrêtée, rue de Clichy, par une bande d'ouvriers armés de bâtons. (( C'est un ministre qui s'enfuit, )> crièrent ces ouvriers d'une voix terrible. Dans la voiture se trouvaient M""^ Danrémont, ses deux enfants et un inconnu. La portière s'ouvre, et l'inconnu s'élance à terre. Il aurait été tué peutêtre, car il n'osait livrer le secret de son nom, lorsqu'un passant, l'ayant reconnu, s'écria : Casimir Périer ! A ces mots, l'enthousiasme succède à la menace, et on porte en triomphe comme un des plus implacables adversaires de Charles X celui qui, dans ce moment même, ne réfléchissait qu'aux moyens de lui sauver une couronne. Trop souvent le peuple ne combat que pour un déplacement de tyrannie, et prend des chefs dont il ne sait que le nom.
A peu près à la même heure, les jeunes gens députés par l'École polytechnique venaient frapper à la porte de ^^ l'hôtel Laffîte. On leur répondit que le maître de la maison était couché. Il devait se réveiller le lendemain au bruit d'une révolution-, car on descendait une pente qu'il n'était déjà plus possible de remonter.
M. de Polignac, de son côté, prenait ses mesures, et