CHAPITRE IV
d'insuccès. Les députés, en se retirant, eurent à traverser une foule que leur conduite remplissait d'indignation. M. Sébastiani, entr'autres, fut poursuivi par cette malédiction populaire qui, deux jours après, se perdait dans des chants de triomphe!
Le général Vincent qui, en compagnie du général Pajol, avait parcouru divers quartiers de cette ville en feu, partit pour Saint-Cloud dans la soirée. Il allait rendre compte à Charles X de ses impressions, et lui apprendre que la situation s'assombrissait de plus en plus; quou n'avait reçu de nouvelles ni du comte de Saint-Chamans ni du général Talon • que les troupes étaient sans vivres, qu'elles mouraient de soif, et ne trouvaient sur leur passage que visages menaçants ou portes fermées. Ln courtisan que le général Vincent rencontra en route et auquel il fit part de ces tristes détails, trouva moyen de le devancer à Saint-Cloud pour l'y démentir d'avance, bien sur de faire sa cour au monarque en le tenant en garde contre la vérité. Charles X reçut donc avec froideur les renseignements douloureux, mais fidèles, que le général Vincent lui apportait, u Les Parisiens sont dans l'anarchie, lui (( dit-il, l'anarchie les ramènera nécessairement à mes « pieds. » Semblable en cela à tous les princes, Charles X ne croyait guère qu'au dévoiiment de ceux qui consentaient à entrer dans ses illusions. Or, comme en un tel moment, on ne pouvait les caresser sans le trahir, les courtisans le trahissaient dans la crainte de lui déplaire.
Au reste, à mesure que les heures s'écoulaient, f anxiété des hommes de transactions devenait plus vive. Casimir Périer, surtout, se montrait saisi d'épouvante. 11 avait dit à M. Alexandre de Girardin. dans la matinée du 28 : « Ce
« qui convient le mieux à la France, ce sont les Bourbons « sans les ultra. » Et en effet, il ne songeait alors qu'à garantir le trône de Charles X. D'accord avec lui, M. Alexandre de Girardin courut à Saint-Cloud presser le monarque de rapporter les ordonnances.
Une sourde agitation s'était répandue dans la demeure royale. Personne n'y était à son poste-, le service du château était presqu'entièrement interrompu, et les gens de la haute domesticité s'esquivaient Tun après l'autre. Toutefois, chez les courtisans les plus exercés, l'inquiétude était tempérée par la crainte d'offenser le maître -, quelquesuns même se montraient pleins de confiance, par un raffinement d'adulation que dénonçait leur pâleur.
Dans la matinée, M™^ de Gontaut traversa en courant la salle des gardes -, elle se dirigeait vers l'appartement de Charles X, et, cachant à demi son visage dans ses mains, elle s'écriait : « Sauvez le roi. Messieurs ! sauvez le roi î » A rinstant, chacun fut sur pied-, les gardes mirent leurs casques en toute hâte 5 M. de Damas, qui se promenait dans le parc avec son royal élève, le prit dans ses bras et se mit à gravir rapidement le ïrocadero, suivi par M. Mazas qui soutenait M""^ de Damas consternée. Le cri aux armes ! poussé mal à propos par un factionnaire, avait suffi pour mettre en émoi tous les habitants du château.
M. de Girardin trouva cependant Charles X parfaitement convaincu du succès, et inébranlable dans son dessein. Mais, pendant qu'il le suppliait de rapporter les ordonnances, la duchesse de Berri parut -, et comme elle parlait avec emportement de la nécessité de sauver par une attitude ferme la majesté royale : « Eh mon Dieu ! « Madame, s'écria le premier veneur, ce ne sont pas mes