CHAPITRE V
20 jijilt,i:t. — Préparatifs du combat. — Abattement des troupes. — Le généra! Dubourg à l'Hôtel-dc-Ville. — Dépêche de l'ambassadeur de Suéde saisie ; dispositions du corps dipioinalique. — Terreurs des dignitaires du royaume: ils désirent une transaction; départ de MM. de Sémonvilleet d'Argout pour Sainl-CIoud. — Le général Vincent à Versailles. — Entrevue de Charles X et de M. de Sémonville. — Combats dans Paris : prise de la caserne de Babylone. — Invasion du Louvre et des Tuileries; retraite des troupes; frayeur de M. de Talleyrand. — Le peuple dans le palais des rois; son désintéressement. — Combat dans la rue de Tvolian; scènes de vengeance; scènes de générosité. — Tentatives pour tromper le peuple. — Défection de deux régiments. — Panique à l'hôtel Lalïïtte. — Après la bataille, scènes de fraternité ; combien elles durent. — Les voleurs fusillés sur place: philosophie de ces exécutions. — Aspect de l'hôtel LafTitte; un complut dans une révolution. — Paris gouverné par un pouvoir imaginaire. — Côtébôullbn de ces prodigieux événements. — Commission municipale. — Lafayette^à rilôlelde-Ville. — Promenade du général Gérard. — Prévoyance du ducdeChoiseul.— Courage mêlé de cruauté. — Les troupes en retraite rencontrées par le Dauphiu ; insensibilité de ce prince. — Arrivée des troupes à Sainl-Cloud. — Le duc de i\iortemart nommé ministre à Saint-Cloud. — Négociations entre le gouvernement de l'Hôlel-de-Ville et les messagers de Charles X. — La signature de Casimir Périer toute puissante. — Démarche de M. d'Argout auprès de M. LafTitte. Paroles remarquables du général Pajcl. — La famille royale à Saint-Cloud. — Générosité de Charles X à l'égard du duc d'Orléans. —Partie de whist. — Étranges scènes qui précédent la révocation des ordonnances. — M. de Mortemart arrive à Paris. — Nuit du 29.
Le 29, à la pointe du jour, quelques bourgeois vigilants sortirent de la maison de M. Baude pour parcourir la ville : elle était silencieuse, déserte, et les combats de la veille y 1. 16
avaient laissé des traces sanglantes. Arrivés sur la place de Grève, où gisaient encore quelques cadavres, ils furent frappés du calme lugubre qui y régnait. Ils convinrent alors de se partager les divers quartiers de Paris et d'aller partout répandre la fausse nouvelle qu'un rassemblement immense s'était formé devant l'Hôtel-de-Ville, et qu'on devait partir de là pour marcber sur le Louvre.
Déjà les ouvriers des faubourgs se préparaient à recommencer la lutte, mais des préoccupations d'un autre genre tourmentaient une certaine portion de la bourgeoisie. M. Baude, suivi d'une bande nombreuse avec laquelle il avait visité plusieurs casernes et interrogé la fidélité du soldat, trouva sur la place Royale une compagnie de gardes nationaux rangés en bataille. Il les harangua vivement, leur apprit que les troupes se laissaient partout désarmer, et voulut les entraîner sur ses pas à rHùtel-de-\ille. Ils s'y refusèrent obstinément ; ils ne s'étaient armés, disaientils, que pour sauver leurs maisons du pillage.
Pendant ce temps un citoyen, nommé Galle, perçait la ligne de factionnaires établie sur la place du Carrousel. II s'avançait guidé par un inconnu auquel les soldats ouvraient passage. Introduit auprès du duc de Raguse : « Monsieur le maréchal, s'écria- t-il d'une voix trem- (( blante d'émotion, vos troupes tirent du haut de quelce ques balcons de la rue Saint-Honoré sur des citoyens « inoifensifs : ne pouvez-vous faire cesser de telles atroci- (( tés? — Vous m'insultez. Monsieur, en me regardant « comme Tauteur de pareils ordres, répondit le duc de <( Raguse. Je viens d'ordonner aux troupes de ne faire feu « que pour se défendre : une proclamation va en instruire « Paris. — Comment! reprit M. Galle, depuis deux jours,