‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 70 sur 174 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Uoyal. Là ils furent accueillis par un feu très-vif et reculèrent. M. Lothon, pour ramener son monde au combat, s'avança tout seul sur la place -, mais il n'avait pas fait vingt pas qu'une balle l'atteignit à la tète et le renversa évanoui sur le pavé. On ne le releva que long-temps après : son cliapeau d"uniforme était criblé de balles.

Un autre élève de TÉcole, M. Baduel, conduisait aux Tuileries un détachement de vingt-cinq ou trente hommes : un coup de mitraille retendit par terre presqu'au pied de l'Arc-de-Triomphe.

Le grand rassemblement duquel ces deux bandes s'étaient détachées, se porta sur la caserne de Babylone, occupée par les Suisses. En approchant de cette caserne, il se divisa en trois colonnes. L'une se présenta par la rue où la façade est située; l'autre alla droit à la porte d'entrée par une rue qui lui est presque perpendiculaire ^ la troisième s'avança par derrière, dans une allée que formaient alors en grande partie des murs de jardin. Cette troisième colonne que commandait M. Charras, et qui était d'environ 200 hommes, ne s'était pas plutôt engagée dans l'allée, que, d'une maison en construction située à droite en entrant, partit une vive fusillade. Trois hommes tombèrent; cinq tambours, qui battaient la charge, prirent la fuite; un ouvrier, en abattant son arme, tua celui qui marchait devant lui ; le désordre se mit dans la colonne, et elle se replia précipitamment sur elle-même. M. Charras se jeta en avant, son chapeau au bout de son épée, et suivi par un homme du peuple nommé Besnard, qui agitait avec enthousiasme un drapeau tricolore. Le feu des Suisses redoubla -, heureusement, quelques tirailleurs parisiens pa-* rurent aux fenêtres des maisons voisines, et se mirent à

faire feu à leur tour sur les Suisses avec tant de succès , que ceux-ci, abandonnant la maison en construction, regagnèrent la caserne à travers les jardins. Charras, Cantrez, autre élève de l'École polytechnique , et Besnard, s'avancèrent de nouveau, suivis par quelques ouvriers, et bientôt après, par la masse. Des tirailleurs s'établirent dans les jardins et sur les toits d'une maison voisine de la caserne, qui se trouva ainsi attaquée de toutes parts. Les Suisses avaient garni toutes les fenêtres de matelas et se défendaient en désespérés. Les assaillants, de leur coté, presque tous ouvriers, soutenaient le feu avec Tintrépidité la plus étonnante. A leur tète combattaient trois élèves de l'École : MM. Vanneau, Lacroix et d'Ouvrier. Le premier reçut dans le front une balle qui retendit raide mort; les deux autres furent grièvement blessés. Un étudiant, M. Alphonse Moutz, eut la cuisse traversée d'une balle, et mourut cinq jours après de sa blessure. Un professeur de mathématiques, M. Barbier, fut atteint au bras gauche. D'autres tombèrent, dont les noms sont restés obscurs : ils étaient du peuple, ceux-là!

L'attaque durait depuis trois quarts d'heure, lorsqu'un combattant eut l'idée d'apporter de la paille devant la porte de la caserne. On y mit le feu, et les Suisses prirent la fuite à travers les coups de fusil. Quelques-uns refusèrent noblement et de se sauver et de se rendre : ils furent tués. De ce nombre était le major Dufay . Les tambours battirent le rappel ^ la colonne se reforma dans la rue de Sèvres et marcha sur les Tuileries.

Mais déjà le palais des rois était au pouvoir du peuple. Le Louvre, qu'on avait érigé en forteresse, était pris. Voici comment s'était accompli cet événement extraordinaire.

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