‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 75 sur 174 · CHAPITRE V. 2G · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. 2G

(lu Louvre, dont Toccupation par le peuple n'était déjà plus ignorée dans les rangs. Une défection était imminente. Le général Wall ayant aperçu M. Auguste Billiard, poussa son cheval vers lui et lui dit : « Monsieur, connaissez- « vous Casimir Périer.^ Il importe de le prévenir sans (( retard que le roi désire lui parler, » M. Billiard courut chez Casimir Périer : il était absent.

La nouvelle d'un armistice conclu entre lui et Charles X se répandait avec rapidité. Des agents inconnus la colportaient dans les groupes et engageaient vivement le peuple à mettre bas les armes. D'autres citoyens conjuraient, au contraire, les insurgés de se défier de ces discours et de ne quitter le champ de bataille qu'après la victoire. Tel fut notamment le langage que tinrent au peuple, à quelques pas de la rue de la Chaussée-d'Antin, MM. Bérard et Dupin aîné. L'ardeur de ce dernier était extrême et démentait singulièrement l'attitude qu'il avait gardée jusqu'alors, soit que le spectacle des Parisiens victorieux eût enflammé son imagination mobile, soit qu'il voulût se faire pardonner de n'avoir pas cru au succès, en s'y associant d'une manière bruyante. Quoi qu'il en soit, ce furent les excitations belliqueuses qui l'emportèrent ; on s'indigna contre ceux qui venaient parler d'accommodement au milieu des victimes de l'obstination royale. Un mouchoir blanc, agité par un homme qui parcourait à cheval le boulevard, mit le comble à la fureur de la multitude. Le commandant Boux et M. Durand, orateurs de la pacification de Paris, se virent bientôt entourés d'une foule ardente qui demandait leur mort. Ils furent sauvés par l'intervention de MM. Gérard et Bérard qui les conduisirent chez M. Laflîtte, sous prétexte de les y faire juger.

Pendant ce temps, une colonne d'insurgés entrait dans la rue de la Paix par la rue Neuve-Saint-Augustin. Un courageux citoyen, M. Froussard, la précédait et arrivait en courant, son fusil en bandoulière et un pistolet dans chaque main. Après avoir menacé le général Wall, il s'adressa militairement aux troupes, les conjurant de se rappeler leur origine, et que leurs ennemis, dans cette horrible lutte, c'étaient leurs frères. Profitant de l'hésitation des soldats, plusieurs hommes du peuple s'étaient peu à peu approchés des rangs, et du sein de cette foule animée sortaient mille exhortations énergiques ou touchantes. Bientôt Fentraînement devint irrésistible, et les soldats répandus le long de la rue de la Paix mirent leurs crosses en l'air. Casimir Périer, qui se trouvait alors chez M. Noël, son notaire, dans une maison située à l'angle de la rue de la Paix et de la rue Neuve -Saint -Augustin, aperçoit d'une fenêtre le mouvement de la garde • il descend rapidement, se fait reconnaître, et au milieu des cris dont on salue sa présence, un capitaine brise son épée.

Casimir Périer comprit bien alors de quel côté penchait décidément la fortune, et il se rendit en toute hâte chez M. Laffîtte. A peine était-il arrivé, que M. Auguste Billiard courut à lui : « Je suis chargé de vous dire que Charles X (( désire conférer avec vous. » Casimir Périer répondit à cette proposition par un refus hautain. Déjà son àme appartenait au succès.

Beaucoup de personnes marquantes étaient en ce moment réunies chez M. Laffîtte. Un grand bruit se fit à la porte de l'hôtel : c'était un sergent , nommé Richemont , qui demandait à entrer-, et, comme on faisait difficulté pour laisser pénétrer un soldat d^ns des salons où se dis-

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