CHAPITRE V
(( tionale se trouve légalement dissoute » , répondit M. Dupin qui. dans cette révolution, ne voulait pas jouer sa tète. Dans cette même matinée, dans ce même hôtel du duc de Chbiseul, il avait dit en entendant parler des succès de l'armée royale, et en présence du chevalier de Pannat : « Les troupes royales l'emportent sur tous les points, et (( c'est, ma foi, très-heureux. »
Les députés réunis chez M. Laflîtte signèrent l'autorisation écritequeM. Degousée leur présentait-, maisletrouhie était dans leur cœur. Donner au peuple armé un chef qui n'était pas député, c'était créer à côté de l'autorité légale une autorité purement insurrectionnelle. Au moment où M. Degousée allait sortir, un député de Melun, M. Baillot, court à lui, demande, comme pour le consulter, l'autorisation compromettante, et ne rend le papier qu'après en avoir subrepticement déchiré les signatures. Car c'est ainsi que la bourgeoisie se préparait au maniement des affaires.
Cependant la foule croissait; on répandait mille bruits divers ; un homme du peuple vint annoncer que le Louvre était pris^ M. de Lafayette arrivait. M. Audry de Puyraveau s'était rendu chez lui de grand matin pour le presser de prendre le commandement des troupes. M. Audry de Puyraveau fut reçu par M. Carbonel, qui lui dit : u Mais <( savez-vous bien que vous allez faire courir de grands « risques au général )), à quoi M. Audry de Puyraveau répondit énergiquement : « Et moi. Monsieur, est-ce que (c Je ne cours pas de risques depuis deux jours? « En se rendant chez M. Laffîlte, M. Audry de Puyraveau trouva dans la rue d'Artois un grand nombre d'hommes du peuple, à qui M. Mignet criait : u Soyez tranquilles, mes c( amis, ce soir vous aurez le duc d'Orléans pour roi. » 1. is
Chez M. Laffîtte, tous n'avaienl pas encore un plan aussi nettement tracé, mais tous appelaient de leurs vœux rétablissement d'un pouvoir-, les uns, pour que la révolution fût dirigée 5 les autres, et c'était le plus grand nombre, pour qu'elle fût surveillée sévèrement et contenue. Déjà, du reste, la nécessité d'une direction avait été proclamée dans les rues par les combattants eux-mêmes. Plusieurs citoyens s'étaient réunis tumultueusement rue Sainte- Avoye dans la maison de Garnier-Pagès. Il y avait été arrêté que le général Lafayette, le général Gérard, le duc de Choiseul, seraient invités à prendre en main la force publique. En même temps, par une coïncidence singulière, MM. Charles Teste et Taschereau créaient, dans les bureaux du National j un gouvernement provisoire, composé de MM. Lafayette, Gérard et Labbey de Pompières. Sur l'avis du poète Béranger, ce dernier nom fut remplacé par celui du duc de Choiseul. Et une proclamation, que le Constitutionnelirom^è publia, répandit dans tout Paris la grande nouvelle d'un gouvernement qui n'existait que dans l'esprit de quelques courageux faussaires comptant sur le succès pour se faire absoudre.
Bientôt rien ne se fit dans la capitale qu'en vertu de ce pouvoir imaginaire : la ville la plus intelligente du monde fut gouvernée par un mot.
Des hommes n'ayant reçuleur mandat que d'eux-mêmes, vinrent s'installer à THôtel-de-Ville comme représentants du gouvernement provisoire. En cette qualité, ils parodiaient la majesté du commandement, signaientdes ordres, distribuaient des emplois, conféraient des dignités. Le nombre fut grand de ceux qui, sur la foi de je ne sais quelles réminiscences de collège, rêvèrent alors le rôle de