‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 81 sur 174 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

il n'y avait qu'une chose à faire : réorganiser promplement la garde nationale, ou, en d'autres termes, enrégimenter les propriétaires pour la défense des propriétés. Quand il entendit Lafayette parler de prendre en main le pouvoir, il se mit à jouer l'enthousiasme et s'écria : a S « nous ne pouvons retrouver Bailly, le vertueux maire « de Paris en 1789, félicitons-nous d'avoir retrouvé l'il- « lustre chef de la garde nationale. » C'était rappeler adroitement à Lafayette un de ces souvenirs que caresse volontiers la vanité des vieillards. Celui-ci, d'ailleurs, ne voyait pas de bien haut.

Lafayette accepte, il part pour l'Hôtel-de-Ville, ces Tuileries du peuple depuis le 10 août. On se précipitait sur le passage de ce marquis aimé du peuple. On le soulevait pour Faider à franchir les barricades. Et lui, appuyé d'un côté sur le bras de M. Carbonel, de l'autre sur celui de M. Audry de Puyraveau, il s'avançait porté par Facclamation populaire, et souriant à cette ovation qui le ramenait aux vives impressions de sa jeunesse.

Dans la rue Neuve-Saint-Marc il aperçut un jeune homme, M. Etienne Arago, qui portait à son chapeau une cocarde tricolore. Il lui fit dire par M. Poques de Tôter; et comme le jeune homme en manifestait sa surprise : « Pas encore, mon ami » dit-il en lui faisant signe de la main. Pourtant des milliers de citoyens portaient déjà des rubans tricolores à leur boutonnière. Mais telle était la stupeur dont cette révolution inopinée avait frappé les plus nobles esprits! Au moment où M. de Lafayette entrait sous la voûte de l'Hôtel-de-Ville, la foule répandue sur la place de Grève poussa au ciel un long cri de joie mêlé à une décharge de mousqueterie. Le colonel Du-

bourg, prévenu par M. Etienne Arago de l'arrivée de ce personnage, avait répondu : « A tout seigneur tout « honneur. )> Il alla au-devant du vieux général, s'inclina respectueusement devant lui, et une heure après M. de Lafayette tenait dans ses mains les destinées de la France.

Les députés, qui avaient formé chez M. Laffitte un petit conciliabule dans lequel le public n'était pas admis, comprirent combien il leur importait de contrebalancer la puissance d'un homme qui avait reçu du peuple son investiture. Dans ce but, ils choisirent parmi eux, pour lui confier la direction des opérations actives, le général Gérard. Quant à l'organisation du pouvoir civil, fallait-il créer un gouvernement provisoire, comme le demandait M. Mauguin, ou seulement une commission municipale, ^ comme le proposait M. Guizot? Ce dernier avis prévalut, parce qu'il était le plus timide et ne décidait rien. On recourut au scrutin pour la désignation des membres dont cette commission devait être composée. Les noms qui sortirent du scrutin furent ceux de MM Casimir Périer, Laffitte, Gérard, Odier, Lobau et Audry de Puyraveau. Ce dernier fut nommé à son insu et n'apprit sa nomination qu'à l'Hôtel-de-Ville. M Odier refusa et fut remplacé par M. de Schonen. M. Laffitte s'était foulé le pied-, mais il avait besoin, d'ailleurs, pour l'accomplissement de ses projets, de faire aboutir à son hôtel le fd de tous les événements. Enfin le général Gérard prétexta, pour ne point aller àTHôtel-de-Ville, les devoirs militaires qui venaient de lui être imposés. Les députés applaudirent, charmés d'avoir à leur disposition un homme d'épée^ et la commission, composée définitivement de MM. Casimir Périer,

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