‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 82 sur 174 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Lobau, deSchonen, Audry de Puyraveau, se compléta par l'adjonction de M. Mauguin.

A peine formée, la commission municipale publia Facte suivant, témoignage irrécusable delà défiance qui armait contre le peuple cette bourgeoisie qui allait s'emparer de la direction des affaires.

(( Les députés présents à Paris ont dû se réunir pour (( remédier aux graves dangers qui menacent la sûreté <( des personnes et des propriétés. Une commission a été « nommée pour veiller aux intérêts de tous, en Fabsence « de toute organisation régulière. )>

Cet acte, si injurieux au peuple, fut la première mesure prise par le premier pouvoir issu delà révolution. C'était beaucoup se hâter.

La commission municipale, toutefois, rendit quelques services-, et elle en aurait rendu de bien plus grands, si elle eût consenti à subir l'impulsion que lui voulait donner M. Mauguin. Malheureusement, M. Mauguin n'exerçait sur ses collègues qu'un faible ascendant : il inspirait des craintes au rigide Audry de Puyraveau ^ M. de Schonen n'éprouvait pour lui aucune sympathie, et le général Lobau se défiait d'une supériorité qu'il ne pouvait subir sans en être amoindri. Un jeune homme actif et intelligent, M. Hyppolite Bonnelier, était entré des premiers à l'Hôtel-de-Ville, où les fonctions de secrétaire lui avaient été confiées par Lafayette. Il fut maintenu à son poste par la commission municipale 5 mais elle s'adjoignit en même temps, sous le titre de secrétaire, M. Odilon Barrot, que M. Lafiîtte avait désigné. Cette circonstance n'influa pas médiocrement sur l'attitude du pouvoir nouveau siégeant à l'Hôtel-de-Ville. Entre M. Mauguin et M. Odilon Barrot

il existait une dissidence d'opinions, rendue plus vive par une rivalité sourde, à laquelle, sans se l'avouer, ils obéissaient Tun et l'autre.

Quoi qu'il en soit, M. Mauguin n'avait pas été plutôt installé à l'îiôtel-de-Ville, qu'il y avait déployé toute son activité. M. Bavoux fut nommé préfet de police, etM.Chardel, directeur des postes. Une proclamation mit sous la protection du peuple les monuments français. Diverses circulaires ayant pour but de pourvoir aux besoins les plus urgents, furent rédigées. M. Mauguin voulait que la commission municipale prît le titre de gouvernement provisoire. Le général Lobau s'y opposa de la manière la plus formelle. Sur ces entrefaites, on vint annoncer que beaucoup d'ouvriers manquaient de pain. Il fallait de l'argent. On s'adressa à M. Casimir Périer, qui répondit : u II est « plus de quatre heures ^ ma caisse est fermée. »

Pendant toute cette journée du 29, l'hôtel Laffitte ne cessa pas un seul instant d'être le centre des agitations de Paris. On s'y rendait de tous les côtés à la fois; les députations y succédaient aux députations ; les hommes du peuple y avaient accès, et dans ce vaste pêle-mêle, i)asune violence ne fut commise, pas un objet ne fut dérobé. Les chevaux de M. LalTitte coururent dans toutes les directions montés par des cavaliers inconnus, et le soir ils étaient tous rentrés à l'écurie. Mais les représentants de la haute bourgeoisie n'en nourrissaient pas moins contre le peuple une défiance profonde.

Le général Pajol, qui était arrivé dans la cour de Fhôtel en criant : « Je vous apporte le chapeau de Waterloo », y avait été fort mal accueilli. M. de Lafayette était trop populaire pour ne pas inspirer encore plus d'ombrage.

Page 1