CHAPITRE VI
Cent- Jours, une attitude qui fit planer sur lui les plus étranges soupçons ? Qu'on Tait calomnié, lorsqu'on la ( représenté caressant tous les partis depuis 1815, se fai- < sant restituer son apanage malgré les lois, jetant l'épou- ( vante parmi les acquéreurs de biens nationaux, par ses ( procès multipliés, humble à la Cour, et, au dehors, cour- ( tisan de tous les brouillons, c'est possible, c'est probable, ( si vous le voulez. Mais, enfin, ce qui est certain, c'est ( que Louis XVIII Fa mis en possession de vastes do- ( maines ^ c'est que Charles X est personnellement inter- ( venu auprès des Chambres pour lui assurer, au moyen ( d'une sanction légale, un apanage indépendant ^ c'est, ( enfin , qu'on lui a gracieusement accordé ce titre d'altesse ( royale qu'il avait si fort désiré. Comblé de bienfaits par ( les aînés, il n'est pas dans une position qui lui permette ( de recueillir leur héritage, et lui-même souffrirait-il, s'il ( le savait, qu'on attisât en son nom l'incendie qui doit ( dévorer sa famille ! — Ce n'est pas de Tintérêt personnel ( du prince qu'il s'agit ici. Monsieur le baron ^ il s'agit de ( l'intérêt du pays menacé par l'anarchie. Je n'examine ( pas si la situation du duc d'Orléans est pénible pour son cœur, mais si son avènement est désirable pour la France . Or, quel prince est plus libre des préjugés qui viennent d'entraîner la ruine de Charles X? Quel prince a fait plus hautement profession de libéralisme.^ Et à la combinaison qui le couronnerait, quelle autre est, selon vous, préférable? — Si vous croyez Charles X coupable, vous reconnaîtrez, du moins, que le duc de Bordeaux est innocent? Conservons-lui la couronne. On relèvera dans de bons principes. Lafayette veut-il bien sincèrement la république? — Il la voudrait, s'il ne craignait un bou-
« leversement trop profond. — Eh bien ! qu'on établisse (( un conseil de régence. Vous en feriez partie avec Laïc fayette. — Hier encore cela eût été possible; et si se- « parant sa cause de celle du vieux roi , la duchesse de Berri c( se fût présentée, tenant son fils par la main et portant
(( un drapeau tricolore — Un drapeau tricolore ! mais
« c'est pour eux la représentation symbolique de tous les (( crimes. Plutôt que de l'adopter, ils se feraient piler dans u vm mortier. — Dans ce cas. Monsieur, que venez-vous « me proposer ? )>
M. de Glandevès sortit. La combinaison qu'il était venu soumettre à M. Laflîtte répondait aux secrètes espérances de beaucoup de grands personnages qui n'auraient pas voulu voir briser entièrement la chaîne des traditions. Une seule combinaison pouvait empêcher tout à la fois, et le principe de légitimité de succomber en France, et la royauté d'y provoquer trop ouvertement l'esprit révolutionnaire. C'était celle qui, tout en respectant le droit divin d'Henri V, aurait confié à la prudence du duc d'Orléans les destinées de la monarchie.
Telle fut, un moment, la pensée de M. de Talleyrand. M. Laffîtte allait plus loin. Surpris de l'influence politique d'un homme en qui il n'avait jamais vu qu'un banquier, le vieux diplomate ne put se défendre d'un certain dépit que, cette nuit-là même, et contrairement à ses habitudes de réserve, il laissa percer de la sorte devant ses intimes : « M. Laflîtte me compte vraiment pour trop peu de chose.»
Mais M. Lafïïtte s'appuyait alors sur les conseils d'un homme bien supérieur à M. de Talleyrand pour la portée des vues et la finesse de l'esprit. Béranger avait un coupd'œil trop perçant, une sagacité trop inexorable, pour