‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 91 sur 174 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

30 JUILLET. — Discussion sur le choix d'un roi. — Influence de M. Laffilte. — Rôle du poète Béranger dans la révolution. — Démarche puérile de MM. Thiers et Mignet. — Obstacle à la candidature du duc d'Orléans. — Le duc de Chartres court risque d'être fusillé. — Lutte entre les républicains et les Orléanistes. — Lettre singulière écrite du château de Neuilly. — MM. Thiers et Scheffer à Neuilly. — Noble attitude de la duchesse d'Orléans. — Les offres de M. Thiers acceptées par Mme Adélaïde. — Irrésolution du duc d'Orléans. — Les députés réunis au Palais- Bourbon. — M. de Chateaubriand et les pairs de France. — Déclaration de la Chambre. —Réunion républicaine chez Lointier. — Députation envoyée parcelle réunion à l'Hôtel-de-Ville. — Étourdissement de Lafayeltc. — M. de Sussy à l'Hôtel-de-Ville. — Programme des plus hardis révolutionnaires de cette époque. — Ce qui alors pouvait être osé. — Le parti bonapartiste. — Anarchie à Saint- Cloud. — Plan de guerre civile proposé à Charles X. — Leduc de Raguse insulté par le Dauphin. — Le triomphe du parti orléaniste compromis par l'absence et les hésitations du duc d'Orléans. — Remarquable exemple de bassesse. — Le duc d'Orléans entre furtivement dans Paris. — Entrevue nocturne du prince avec M. de Mortemart. — Terreur de la duchesse de Berri à Saint-Cloud : fuite de la famille royale. — Tristesse des soldats.

La monarchie était vaincue! le peuple campai^ sur la place publique : qu'allait-on faire?

Le 30, à la pointe du jour, M. de Glandevès entrait chez M. Laffitte. Voici la conversation qui s'engagea entre ces deux personnages. — Elle était importante et fut solennelle :

(( Monsieur , dit au banquier le gouverneur des Tuileries , ( vous voilà maître de Paris depuis vingt-quatre heures. ( Voulez-vous sauver la monarchie? — Laquelle, Monsieur? ( celle de 1789 ou celle de 181 4? — La monarchie consti- ( tutionnelle. — Pour la sauver, il n'est qu'un moyen, ( c'est de couronner le duc d'Orléans. — Le duc d'Orléans, Monsieur ! le duc d'Orléans ! mais le connaissez-vous ? — Depuis quinze ans. — Soit. Quels sont les titres du duc à la couronne ? Cet enfant que Vienne a élevé peut invoquer du moins le souvenir de la gloire paternelle ^ ( et, il faut bien en convenir, le passage de Napoléon a laissé dans la mémoire des hommes une trace enflammée. Mais quel prestige environnele duc d'Orléans ? Le peuple sait-il seulement son histoire ? Et combien de fois a-t-il entendu prononcer son nom ? — J'y vois un avantage, et non un inconvénient. Privé de toute puissance sur les imaginalions, il en aura d'autant moins de facilité à sortir des limites dans lesquelles il est bon que la royauté soit contenue. Et puis le prince a des vertus privées qui sont pour moi une suffisante garantie de ses vertus publiques. Sa vie est exempte des impuretés scandaleuses qui ont souillé celle de tant de princes. Il se respecte dans sa femme ^ il se fait aimer et craindre de ses enfants. — Vertus communes et qui ne sont pas tellement hautes qu'elles ne puissent être dignement récompensées que par le don d'une couronne ! Ignorez-vous, d'ailleurs, qu'on l'accuse d'avoir hautement approuvé les votes homicides de son père, et de s'être associé, dans les mauvais jours de notre histoire, à des projets qui devaient à jamais priver du trône les héritiers directs du malheureux Louis XVI, et d'avoir gardé à Londres, pendant les

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