‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 10 sur 201 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

mal, si les légitimistes n'eussent reconnu qu'on les avait engagés dans une mauvaise voie. La Gazette de France^ le Courrier de rFAirope^ la Quotidienne^ organes de la légitimité, marquèrent hautement, au nom de leur parti, le regret de ce qui s'était passé. Armand Carrel, dont on avait cru la vie en danger, ne tarda pas à être rendu au journal qu'il dirigeait avec tant d'éclat. Enfin, les répul)licains revinrent, à l'égard des royalistes, à un langage moins otTensant et à une contenance plus calme. Mais comme leurs ressentiments n'étaient pas encore tout à fait apaisés, ils signèrent en grand nombre une pétition tendant à faire juger la duchesse de Berri • et ceux d'entre eux qui s'abstenaient depuis long-temps de porter les insignes de la révolution de 1830, que la trahison, disaientils, avait profanés, ceux-là mirent une sorte d'affectation à ne plus paraître en public que le ruban de juillet à la boutonnière.

Le ministère, cependant, préparaiten silenceles moyens de mettre à profit la situation que la duchesse de Berri lui avait faite. Le gouverneur de la citadelle de Blaye s'était opposé à ce que la police fût introduite dans le fort. Soldat, il ne voulait commander qu'à des soldats. Cette noblesse de caractère déplut. Parce qu'il était homme d'honneur, M. Chousserie cessa de paraître suffisamment dévoué : on lui donna pour successeur le général Bugeaud. C'était un militaire doué comme tel de qualités éminentes, possédant en de certaines matières une instruction solide, remarquable par une sorte de bon sens grotesque, moins méchant que bizarre , sensible même par accès, mais emporté, brutal, dépourvu de tact, impatient du joug des procédés délicats et animé d'un zèle de su-

balterne dont il savait à peine relever riiumilité par son arrogance, sa franchise etses airs fanfarons. L'arrivée d'un tel homme fut un coup de foudre pour la prisonnière. Elle devina sans peinece qu'il était à travers les égardsqu'il essaya sincèrement de s'imposer, et elle eut peur de lui.

Le commissaire de police Joiy avait été aussi envoyé à la. citadelle. 11 fut logé dans l'enceinte, au-dessous de l'ap- .partement occupé par la princesse. Plus tard, on découvrit, creusés dans le plafond de la chambre , assignée à ce commissaire de police, deux sortes d'entonnoirs revêtus de plâtre et allant s'appuyer à une plaque de tôle fort mince , placée un peu en avant du salon dans lequel avaient coutume de se réunir la duchesse de Berri, madame d'Hautefort et M. de Brissac. Était-ce un procédé .d'espionnage ? Ce qui est certain, c'est que le gouvernement ne tarda pas à obtenir les renseignements les plus précis. Mais il fallait en pouvoir faire usage. Ce fut la prisonnière elle-même qui en fournit le moyen aux ministres. Le 22 février 1833, elle déposait entre les mains du général Bugeaud la déclaration suivante :

« Pressée par les circonstances et par les mesures or-

(( données par le gouvernement, quoique j'eusse les mo-

« tifs les plus graves pour tenir mon mariage secret, je

u crois devoir à moi-même, ainsi qu'à mes enfants, de dé-

(( clarer m'être mariée secrètement pendant mon séjour

« en Italie.

« Marie-Caroline. »

Or, voici ce que la princesse écrivait à M. de Mesnard, .au sujet de la déclaration qu'on vient de lire :

'(( Je crois que je vais mourir en vous disant ce qui (( suit ^ mais il le faut : des vexations , l'ordre de me

Page 1