‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 107 sur 201 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

soumettre au gouvernement, on rédigea une note dont les lignes suivantes feront connaître Tesprit : u Le gouverne- « ment ne voudra pas que le triomphe de Tordre coûte u des larmes et des regrets. 11 sait que le temps, qui ef-

« Nous soussignés tous habitants de la commune de Vaise, attestons « pour rendre hommage a la vérité que le nommé Joseqh Nandry pro- « fession de voiturler demeurant à Vaise, route du Bourbonnais maison de « Guillaume Laroche aubergiste, a été le 12 avril 1834, arraché de son « domicile où il était paisible et d'une manière inofensive, par des soldats a du 28°° régiment de ligne ; qui l'ont arrachés des bras de sa femme et « qu'ils l'ont fusillé à la porte d'alée de son domicile qu'il n'a pu rien faire a entendre pour sa justification et qu'il laisse un enfant de deux ans et « une veuve sans ressource, que l'on lui a cassé et dévalisé son linge et son € ménage en foi de quoi nous avons signé le présent pour servir au besoin. <( Vaise le 28 avril 1834.

Femme laroche, benoît noel, martin, simonaud, bargel.

« Vu à la mairie de Vaise le 28 Avril 1 834, ^owr légalisa- « tion des signatures cy-dessus au nombre de cinq. a Le Maire,

« erhard, adjoint. »

« Nous soussigné attestons que le nom mé Pierre Vairon-Lacroix âgé « de 27 ans demeurant a Vaise maison Magni rue Projeté n° 7, a été « arraché de son domicile ou il était paisible et inofensif par des soldats a de différent régiment pour être fusillé, sans qu'il lui fut possible de faire a entendre la moindre explication qui auroit été sincère et on ne peut plus a justificative en foi de quoi nous avons signe le présent. « Vaise le 27 avril 1834.

« ANT°^ VERNE, PLANCHE, J. PÉLUGAUD, DUPEREY.

« Vu à la mairie de Vaise le 29 Avril 1834, pour Ugaiisa- « tion des signatures cy-dessus, au nombre de quatre.

« Le Maue de Vaise,

« ROSSIGNOL fils, ac(/omif. »

Les circonstances du meurtre constaté dans le certificat qui précède furent atroces jusqu'à l'invraisemblance. Quand les soldats se présentèrent chez Veyron, il leur déclara qu'il était militaire, les fit mettre à table, but et mangea avec eux. Ceux-ci n'en voulurent pas moins le conduire à leur officier, et c'est en arrivant, au moment où il dépliait sa feuille de conué, qu'il fut mis à mort.

(( face insensiblement la douleur que causent les perles « personnelles les plus chères^ estimpuissantà faire oublier (( les pertes de fortune, les dévastations matérielles. » Voilà ce qu'était devenue la classe la plus importante de la société, sur une terre de chevaliers et de poètes !

Du reste, il était constaté, dans la note, que la garde nationale, à Lyon, se trouvant dissoute, la ville avait été placée, pour sa défense, sous une juridiction purement militaire^ que l'isolement des citoyens y avait été complet, et la circulation rigoureusement interdite ; qu'il avait

Nous l'avons là, sous nos yeux, celle feuille de congé, loule lâchée du sang de la victinne !

Voici, pour compléler celte lugubre série de pièces juslificalives, la pélilion qui fui adressée au roi par le père de l'inforluné Lauvergnal :

a Sire, le règne de la juslice esl celui des grands rois! Elu de la nation, « roi des barricades, je demande justice au nom de mon malheureux fils, « je la demande au nom de cent personnes, victimes comme lui de la plus « criminelle atrocité.

« Le eamedi, 12 avril, de midi à une heure, mon fils prit quelqu'argent; a il se disposait à rejoindre sa mère et mon fils aîné, qui étaient partis « pour le village d'Ecally; il esl arrêté par des voisins et amis, qui lui « demandent où il va ; il entre pour un instant chez les sieurs Véron et « Nérard, rue Projetée, n" 7, où se trouvait un autre ami, le sieur Prosl : « ces messieurs étaient avec leurs épouses. Pendant ce temps, les troupes « entrent à Vaise ; elles sont bientôt maîtresses de toutes les issues de la « commune ; alors les soldats du 28* de ligne et du 1.^^ léger et des sapeurs « du génie enfoncent les portes, pénètrent dans les maisons non fermées.

« Mon fils, Véron et Prost, sont percés de plusieurs coups de baion- « nettes ; ils reçoivent des coups de feu, ils expirent dans les corridors et « au bas de l'escalier. Le sieur Nérard seul est sauvé comme par miracle; « au même instant une infinité d'autres personnes inotïensives périssent « dans le voisinage. Le sieur Coquet, maître serrurier, demeurant roule u Tarare, n" 7, est frappé de mort chez lui avec la dame Saunier: c'était « un vieillard de G2 ans.

« Signé Lauvergnal, fabricant de couvertures. Vaise, faubourg de Lyon, • le 12 mai iSlii. »

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