‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 120 sur 201 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

tionnaire ^ et il évoquait, pour la bénir, la mémoire de (Camille Desmoulins, s'écriant, à deux pas de l'échafaud, «tau risque d'y monter pour avoir voulu Tabattre : u Ins- « tituons un Comité de Clémence. »

Cependant, le maréchal Cérard se lassait et s'indignait d'une résistance à laquelle il ne s'était pas attendu. A bout de patience, il fit rédiger sous ses yeux, par M. Linguet, une note ayant pour but d'amener le Conseil à se prononcer. Les avantages de l'amnistie étaient développés dans cette note avec un sens profond, et le maréchal Gérard y ouvrait son àme tout entière. 11 n'hésitait pas à y déclarer qu'il échangerait volontiers contre l'honneur d*avoir consolé tant de pauvres mères, une partie du renom guerrier qu'il avait acquis sur les champs de bataille au prix de son sang. La note se terminait par le récit d'une anecdote caractéristique et touchante. Après la victoire de Marengo, Bonaparte demanda à ses officiers à quelles causes ils attribuaient ses succès ^ les uns parlèrent de son habileté dans la direction des affaires du dedans, les autres de ses batailles gagnées ; mais lui : a Tout m'a réussi, <( répliqua-t-il, parce que je suis pour tout le monde une « vivante amnistie. »

La leçon était frappante et les circonstances la rendaient solennelle. Car enfin l'amnistie n'était-elle pas impérieusement commandée, même par cette politique qui se fait gloire d'être sans entrailles.^ Y avait-il prudence à remuer les cendres de la guerre civile, à faire discuter devant le peuple attentif la révolte du pauvre contre le riche, à indiquer de quelle sorte on ébranle la fidélité militaire, à souffler sur tant de haines mal éteintes .^ Et quelle folie •de conduire la foule dans cette rue Transnonain, toute

remplie d'assassinats, devant ce fatal et trop célèbre numéro 12?

Inutiles considérations ! On voulait paraître fort 5 on tremblaitde se montrer pusillanime. Et puis, s'il faut tout dire, on enviait au président du Conseil l'honneur d'avoir fait prévaloir un système que l'opinion n'attribuait qu'à lui seul. L'amnistie décrétée, les amis du général nauraient-ils pas crié partout : « M. (Jérard l'emporte enfin; « il a vaincu ses collègues, il a vaincu le roi. » ? Là se trouve, pour quiconque sait le cœur humain, la véritable cause, la cause philosophique du rejet de l'amnistie. Cai'. quant aux raisons par lesquelles on la combattit, rien de . moins sérieux. On osa prétendre que, au point de vue de la constitution, le roi ne pouvait pas faire avant la condamnation, ce qu'il pouvait faire a/?rè^ par Tusage du droit de grâce : argutie qui ne méritait pas d'être réfutée! chicane de procureur opposée à des vues d'homme d'État ! On fit semblant de craindre Tindignation de la magistrature souveraine, si on lui arrachait ses justiciables; delà garde nationale, si on dérobait à ses rancunes ceux qui avaient troublé son repos ^ sophisme qui calomniait la France î Les motifs réels, on eut soin de les taire : nous les avons exposés. Le projet d'amnistie fut donc repoussé défini tivement, et le maréchal Gérard sortit du ministère.

Cette retraite ouvrant la brèche aux ambitieux, les plus pressés coururent à l'assaut du Pouvoir, et les antichambres du Château, les couloirs du Palais-Bourbon, les luireaux des ministères, les salons politiques, devinrent autant de foyers d'intrigues. Le tiers-parti était en émoi. Déjà les subalternes dressaient de nouvelles listes, et composaient le ministère de leur désir. Plus circonspects, les

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