‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 127 sur 201 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Le niinislère du II octobre sourdement miné; intrigues de Cour. — Signification de la brochure Rœderer. — Politique de M. Duvergierde Hauranneelde ses amis; vices de cette politique. — Secrètes menées pour l'établissement Cn gouvernement personnel. — Embarras ministériels. — Le parti parlementaire pousse M. de Broglie à la présidence; résistance de M. Thiers. — Reconstitution du Cabinet du 1 1 octobre sous la présidence de M. de Broglie. — Désappointement de la Cour. — Le traité des 25 millions remis sur le tapis. — Message insolent du président Jackson. — M. Serrurier est rappelé. — Dépêches ministérielles combattues par une mission secrète. — Altitude du Congrès américain. — Débals relatifs au traité. — Il est voté par les deux Chambres.

En votant l'ordre du jour motivé, la Chambre avait voulu affermir pour long-temps le ministère du 11 octobre. Et pourtant l'année 1835 commençait à peine, que déjà ce ministère menaçait ruine. La majorité qui l'avait si énergiquement soutenu était travaillée par de sourdes menées. Le tiers-parti comptait dans ses rangsdes hommes qui, comme MM. Sauzet et Passy, ne manquaient ni de talent ni de consistance. Or, cette ligue, dont M. Dupin aîné était l'àme, s'agitait en tous sens, complotait dans le demi-jour des couloirs, brouillait les affaires, harcelait le Cabinet par de continuelles taquineries, et tenait l'Opposition en haleine par l'appui flottant qu'elle prêtait à ses a ttaque.

3i2 HISTOIRE DE DIX ANS.

Mais ce qui compromettait le plus Texistence du ministère, c'était la haine que lui avait jurée le Château. On y trouvait impertinente à l'excès la prétention de gouverner affichée par MM. ïhiers et Guizot. Il fallait donc que le roi se résignât à un rôle d'automate 5 qu'il consentît à parader pour le compte de quelques meneurs ! 11 fallait que, laissant revivre la tradition des rois fainéants, il couvât, pour ainsi dire, sous sa majesté endormie, l'ambition des modernes maires du palais! Le roi, dans ses ministres, devait avoir des serviteurs, non des maîtres. Si, au lieu d'appartenir à la royauté, les ministres appartenaient à la majorité parlementaire, à quoi bon la royauté? La souveraineté passait alors dans la Chambre. C'était la république, plus un mensonge et une liste civile de douze millions !

Une brochure de M. Rœderer, publiée sur ces entrefaites, vint mettre à nu les pensées de la Cour. Selon M. Rœderer, un ministère parlementaire était une hérésie ; le roi, aux termes de la Charte, ayant le droit de choisir ses ministres, sa volonté devait être la leur : le roi était le président-né du Conseil, son seul président effectif et légitime.

La brochure de M. Rœderer avait été lue au Château, chez madame Adélaïde, au milieu des plus vifs témoignages d'enthousiasme. Elle ne reçut pas le même accueil du public. Les républicains, se faisant juges du camp, se préparèrent, le sourire sur les lèvres, à assister à un combat qui révélait si clairement l'absurdité du régime constitutionnel 5 les partisans de la fameuse maxime le roi règne et ne gouverne pas se répandirent en plaintes amères. M. Fonfrède, que le roi n'avait pas encore gagné en lui

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