‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 128 sur 201 · CHAPITRE IX. 34S · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. 34S

accordant l'honneur de correspondre directement avec lui, M. Fonfrède attaqua la brochure Rœderer avec une verdeur de style peu commune-, la (Ihambre, enfin, s'émut proCondément de l'atteinte dont on osait menacer sa prérogative. Aux avant-postes du parti parlementaire marchait M. Duvergier dellauranne, homme remarquable par une grande netteté d'idées, un penchant marqué pour la lutte, une éloquence substantielle, et une finesse d'esprit qu'ennoblissait l'élévation de son cœur. Né dans une famille qui avait donné l'abbé de Saint-Cyran au jansénisme . M. Duvergier de Hauranne avait des qualités qui rappelaient parfaitement son origine. Ennemi des gens de Cour, l'indépendance des vieux parlements à l'égard de la Couronne, et leur dédain à l'égard du peuple, revivaient en lui également. Du reste, il s'obstinait plus que personne dans des illusions vraiment étranges. Il aurait désiré que la France constitutionnelle se posât devant l'étranger dans uue attitude fière , dans une attitude courageuse sans provocation, prudente sans faiblesse -, et il ne s'apercevait pas qu'un gouvernement ne saurait faire acte de puissance à l'extérieur, lorsque, partagé au-dedans entre deux forces rivales, il en est réduit à s'user rien que pour vivre, victime d'une oscillation sans fin ! 11 aurait désiré, précisément pour obvier aux inconvénients de ce dualisme, source intarissable d'anarchie, que la majorité des Chambres gouvernât par le moyen des ministres, à Tombre d'une royauté au repos ^ et il ne s'apercevait pas que demander à un roi de prendre sa majesté au rabais, c'est lui demander l'impossible.

Entre le parti parlementaire et le parti de la Cour, le débat était celui-ci :

Le premier disait, avec M. Duvergier de Hauranne : « Puisque les ministres ne sauraient gouverner sans ma- « jorité parlementaire, les ministres que nous voulons, « la royauté les doit vouloir. Sans cela, que serait la « Chambre? Une machine à voter les impôts. )> — Et le second s'écriait avec M. Rœderer : u Quoi ! le roi nomu merait les ministres, lorsqu'en réalité ce serait par (( la chambre qu'ils seraient choisis et dominés P Mais, à « ce compte, que serait la royauté.^ Une machine à signer (( des ordonnances, une grilfeî »

Les deux partis avaient raison l'un contre l'autre. Tous deux ils avaient tort aux yeux de la raison • et cette lutte même prouvait jusqu'à quel point le régime constitutionnel est vicieux. Tout gouvernement qui n'est pas fondé sur le principe de l'unité, est condamné à vivre dans l'anarchie et à mourir dans la corruption. Or, l'unité par la monarchie avait cessé d'être possible, le jour où s'était produit le régime des assemblées électives et permanentes ; le jour 011 l'on avait isolé le Trône en lui retirant le nécessaire appui d'une aristocratie territoriale ^ le jour où l'hérédité de la couronne n'avait plus été mainteniie que comme un fait exceptionnel, toute hérédité politique ayant été proscrite, même celle qui faisait la force de !a pairie. L'unité par la monarchie avait cessé d'être possible, le jour où la bourgeoisie était venue mettre la main sur les dépouilles du régime féodal. Et, à dater de cette époque, il n'y avait eu logiquement et régulièrement de possible que l'unité par le parlement, c'est-à-dire par la république ^

' En faisant l'homme, Dieu n'a pas entendu qu'il fût permis au bras de contrôler les décisions de la tèlc. La tète veut, le bras exécute. Comment

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