‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 130 sur 201 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

i'UiK's(iii*éveilleraiLs()n avctienienl . Des pourparlers eurent lieu, (jui avaient \Hniv l)ul de l'aire aeeepter un j)()ilereuille à M. (le Monlalivel, donl le mi prisait le dévoùment dune façon toute particulière; mais M. deMontalivet Ireinhlait d'avoir à prendre ])lace dans un (Cabinet qui. n'ayard pas pour meml)res MM. Thiers et (luizot, risquait de les avoir poui" adversaires.

Au milieu de toutes ces tentatives, M. ïliiers montrait le plus partait détacliemeid du Pouvoir. Accepter le duc de Broglie pour collè^^ue lui paraissait un inconvénient, un i)éril ; il s'y refusait. Mais il offrait de se retirer, et il l'ollrait avec une bonne grâce, avec des dehors d'insouciance, dont la sincérité était suspecte au roi. Les choses traînaient en longueur. Le 20 février, le maréchal Mortier avait donné sa démission de président du Conseil et de ministre de la guerre. 11 était temps de prendre un parti. Afin de dissiper les ombrages de M. Thiers, on lui proposa un portefeuille pour M. Mignet, son meilleur ami. C'était lui donner deux voix dans le Cabinet. Mais M. Mignet préféra le calme de sa vie littéraire aux orages de la politique. Lt ce refus blessa le roi. Car, en présence du Pouvoir offert, c'est une supériorité que le dédain.

Pendant que tout cela se passait dans l'ombre qui protège d'ordinaire ces sortes d'intrigues, on se i)erdait, au dehors, en conjectures. La crise se prolongeant, la curiosité publique était devenue impérieuse ^ la presse était aux écoutes^ la Chambre, échauffée par le tiers-parti, s'irritait d'un si long interrègne. Ce fut au milieu de cette agitation des esprits qu'arriva le 11 mars (1835), jour fixé pour les interpellations de M. de Sade, annoncées dès le 7. La séance fut très-animée, très-orageuse j mais les

ministres, ainsi qu'on devait s'y attendre, éludèrent toute explication. Quelques paroles solennelles de MM. de Sade et Odilon Barrotsurle discrédit dont des crises semblables frappaient le régime constitutionnel, une vigoureuse sortie de M. Mauguin contre le mystère dont le Pouvoir s'enveloppait, les allusions pleines de sel et de bon goût dirigées par M. Garnier-Pagès contre le personnage auguste dont le nom n'était prononcé par personne, quoiqu'il fut dans la pensée de chacun, voilà tout ce que produisit la discussion.

Mais à l'accueil qui lui fut fait par la majorité, M. Thiers put juger du mécontentement qu'excitaient ses refus. Dans la matinée, une nouvelle tentative essayée auprès de lui par MM. Guizot et Duchàtel avait complètement échoué, et l'on blâmait généralement cette obstination, dont l'injure pesait sur un homme considérable. Car M. Thiers s'était donné bien de garde d'avouer le véritable motif de sa conduite . S'il se refusait à une combinaison dans laquelle sa place aurait été marquée à côté du duc de Broglie, c'était uniquement, disait-il, parce qiïe M. de Broglie n'était populaire ni dans le pays ni dans les Chambres, et pouvait conséquemment créer au Cabinet qui accepterait sa })résidence de trop nombreuses difficultés. Le prétexte était bien choisi, et l'impopularité de M. de Broglie incontestable.

Il fallait un terme à une situation aussi singulière. M. Thiers était sorti de la séance du 11 mars, préoccupé, rêveur, et déjà ébranlé à demi. Le soir, les députés de la majorité se réunirent chez M. Fulchiron, et l'on y décida qu'on enverrait au ministre de l'intérieur une députation chargée de lui faire connaître que l'appui de la Chambre

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était acquis au duc de Broglie, devenu président du Conseil. Cette démarche mit fin à la crise. M. Thiers se rendit enfin ; M. Delarue fut envoyé au maréclial Maison, ambassadeur en Uussie, pour le rappeler, et lui offiir le portefeuille de la guerre, qu'on confia, par intérim, à M. de Kigny, dépossédé : le Cabinet, à la veille de se dissoudre, se ratrermit sous la présidence de M. de Broglie, au grand déplaisir du roi ; et la Cour, consternée, ne songea plus qu'aux moyens d'empoisonner les fruits d'une victoire qu'elle ne regardait pas comme définitive.

(i'était, on s'en souvient, le rejet du traité des 25 millions qui avait fait sortir du Cabinet le duc de Broglie. Sa rentrée aux affaires tendait naturellement à remettre la question sur le tapis. Mais des circonstances funestes étaient venues compliquer singulièrement cette question, si délicate par elle-même et si épineuse. Aussi bien il s'y associait, disait-on, d'ignobles manœuvres d'agiotage, et mille bruits en couraient dans le public.

Aussitôt après le rejet, le roi s'était hâté de faire savoir à M. Livingston, ministre des États-Unis à Paris, que l'Amérique ne devait pas considérer comme définitif le vote de la Chambre des députés -, que le traité serait présenté de nouveau, et que son acceptation ultérieure ne pouvait être mise en doute 5 que la bourgeoisie ne consentirait jamais, pour le vain plaisir de persister dans son refus, à courir les chances d'une guerre fatale au commerce- que. quant à lui, roi des Français, il prenait, et en qualité de roi, et en qualité d'homme, l'engagement formel démettre tout en œuvre pour obtenir la prompte exécution du traité. Un pareil langage était, pour M. Livingston, une indication très-claire de la marche qu'il avait à suivre. Fort de

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l'assentiment personnel du roi, et convaincu, d'après ce qu'il entendait, que, pour avoir raison de la Chambre, il suffisait de l'elTrayer, il en écrivit à son gouvernement et lui conseilla le langage de la menace.

Ainsi prévenu de lattitude quil convenait de prendre, Je président des États-Unis n'avait pas manqué de se livrer à des emportements injurieux pour la France, et il avait adressé au congrès, le P' décembre (1834), un message où il s'exprimait en ces termes :

« Puisque la France, en violation des engagements pris par son u ministre, qui re'side ici, a tellement ajourne' ses résolutions, u qu'elles ne seront probablement pas connues assezà temps pour « être communique'es à ce congrès, je demande qu'une loi soit c( adopte'e, autorisant des représailles sur les propriétés françaises, (( pour le cas où, dans la plus prochaine session des Chambres « françaises, il ne serait pas volé de loi pour le paiement de la

« dette. Si le gouvernement français continuait à se refuser à

(( un acte dont la justice est reconnue, et s'il voyait dans nos re- « présaiiles l'occasion d'hostilités contre les États-Unis, il ne fe- « rait (ju'ajouter la violence à l'injustice, et il s'exposerait à la « juste censure des nations civilisées et au jugement du ciel. »

Jamais la nation française, illustre et respectée entre toutes les nations du monde, n'avait été traitée avec un tel excès d'insolence. Le message du général Jackson ne fut pas plutôt connu à Paris, qu'il y enllamma les esprits d'indignation et de colère. Quoi ! c'était la menace et linsulte à la bouche, c'était presque lépée à la main, qu'on osait demandera la France le paiement d'une dette dont la légitimité n'était pas démontrée ! Que le gouvernement américain eut oublié si vite à quels généreux auxiliaires l'Amérique avait du jadis la conquête de son indé-

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