CHAPITRE X
venons de signaler ce qu'il présente de solennel et d'imposant.
Au reste, si l'agitation intellectuelle du parti républicain était vive dans Tintérieur de Sainte-Pélagie, elle Téta il bien plus encore au deliors. Car les membres du congrès convoqué par les accusés dans la capitale y étaient accourus de toutes parts ; et, à mesure qu'ils arrivaient, les questions à résoudre leur étaient soumises, de sorte que le cercle des dissidences allait s'élargissant de jour en jour. Quoique sincèrement attachés à la cause de la république, quelques-uns s'en etfrayèrent. Ce furent ceux qui avaient dans l'esprit plus de netteté que de hardiesse, ou ceux qui n'avaient pas une assez longue habitude des l)artis i)Ou'r comprendre que la difficulté de les conduire en les disciplinant est toujours moins grande en réalité qu'en apparence. 11 faut, au surplus, le reconnaître: les réunions des défenseurs avaient une physionomie bizarre. Composées d'hommes qui, pour la plupart, ne se connaissaient que de réputation ou môme ne se connaisaient pas, elles rapprochaient, avant d'avoir trouvé le lien qui les devait unir, les éléments les plus hétérogènes : la fermeté réfléchie des hommes du nord et la fougue des méridionaux. On y délibérait un peu confusément ^ la vanité de quelques-uns y éclatait en prétentions bruyantes^ souvent, les plus emportés dominaient le débat et couvraient du bruit de leurs motions les voix les plus respectables. Il arriva donc qu'un profond sentiment d'inquiétude et de trouble s empara d'un certain nombre de défenseurs, et, entre autres de MM. Jules Favre, Saintllomme, Ledru-Rollin. Sexagérant le mauvais côté du drame joué sous leurs yeux, ils crurent toucher au chaos^
et ils firent tous leurs efforts pour ramener aux proportions d'un procès judiciaire, ce qui, dans roi)inion de l'immense majorité des défenseurs, devait avoir la portée d'une lutte politique.
Cependant, le jour décisif approchait. Les accusés lyonnais avaient été tranférés de Lyon à Paris, où la Conciergerie leur était donnéepour prison, tandis qu'on renfermait à l'Abbaye les accusés de Lunéville. Le gouvernement n'ignorait pas dans quel champ-clos les républicains prétendaient l'attirer. Après avoir accumulé fautes sur fautes et scandales sur scandales, pour agrandir outre mesure sa victoire et frapper dans les accusés l'ensemble du parti républicain, il se sentit tout-à-coup glacé d'effroi à l'aspect de ce parti s'avançant en masse pour soutenir le combat. Le 20 mars (1835), M. Pasquier, président de la Cour des pairs, décida que des avocats d'office seraient imposés aux accusés, et le lendemain, M. Félix Faure se rendit à Sainte- Pélagie, où il signifia cette décision aux captifs, pris séparément. Ainsi Ton en était venu à violer le droit de défense, ce droit que, dans des sociétés en décadence, avaient respecté des tyrans !
Les accusés protestèrent avec énergie, et ils écrivirent aux avocats nommés d'ofiice par M. Pasquier . « Jugez u vous-mêmes. Messieurs, si votre dignité, si celle de « l'ordre auquel vous appartenez, peuvent vous pev- « mettre de vous imposer aux accusés malgré eux, et de (( vous rendre complices d'une iniquité judiciaire sans (( exemple et des passions d'un ennemi sans pudeur. » Ils avaient en même temps choisi trois de leurs camarades, MM. Armand Marrast, Lebon et Landolphe, pour aller demander compte à M. Pasquier d'une persécution toute