‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 138 sur 201 · CHAPITRE X. 3CÎ · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. 3CÎ

nouvelle, m("^me dans les fastes de Tarbitraire. L'entrevue fut étrange. Armé d'une froide politesse, M. Pasquier fit aux trois républicains, lorsqu'ils entrèrent, un salut d'homme de Cour. Ceux-ci s'inclinèrent à peine- et ils s'avançaient, Tœil fier, Tindignation peinte sur le visage, lorsque M. Pasquier se jeta le premier dans son fauteuil, leur faisant signe ensuite de s'asseoir. Ils sourirent de ce puéril dépit, et s'exprimèrent d'un ton bref. Ils avaient reçu mission, non pas de faire revenir le président de la Cour des pairs sur une mesure ([u'ils savaient bien irrévocable, mais de lui dire les sentiments qu'elle éveillait en eux. Aussi parlèrent-ils le langage de la menace, d'autant plus agressifs et intraitables qu'ils étaient les plus faibles et que leurs ennemis disposaient du bourreau. L'entretien terminé, ils se levèrent si brusquement, que l'un d'eux, M. Landolphe, se heurta presque à un homme collé derrière la porte et qui n'avait pas eu le temps de se retirer. Cet écouteur indiscret était M. Decazes.

Les avocats nommés d'olTice par M. Pasquier ayant una^ nimement résolu de ne point obtempérer à des réquisitions qui tendaient à déshonorer leur ministère, le Moniteur publia, le 30 mars (1835), une ordonnance qui investissait la Cour des pairs et son président, à l'égard des avocats, de tous les pouvoirs qui appartiennent aux Cours d'assises et aux présidents de ces Cours.

Tels sont les entraînements de l'arbitraire! Une fois lancé dans cette voie fatale, un pouvoir essaierait en vain de se modérer, il faut qu'il avance toujours, dùt-il voir, à chaque pas, se creuser autour de lui un nouvel abîme. Les accusés écrivirent au barreau de Paris :

« On ne nous oppose plus seulement le pouvoir discre'tionnaire IV. 24

« d'une cour spéciale ; c'est le bon plaisir qui statue, par disposi- « tion re'troaotive, sur des questions judiciaires. Ainsi, ce n'est « pas assez que nous soyions soumis à tous les caprices d'un tri- « bunal exceptionnel, sans appel, sans contrôle. Si le me'pris de « toutes les lois ne lui suffit pas pour nous enlever jusqu'à notre « dernière garantie, une ordonnance intervient, l'arbitraire s'a- (( joute à l'arbitraire, toutes les iniquités se liguent. La politique, « disent effrontément nos ennemis, ne doit pas manquer à la jusce tice. Nous ne manquerons pas, nous, à notre devoir, et nous « vous demandons, Messieurs, de remplir le vôtre avec la fermeté « qui convient à votre profession, avec la promptitude que lescir- (( constances exigent. )>

A d'aussi mâles accents, tout le barreau s'émut. Il n'y eut qu'un cri, parmi les avocats, sur l'illégalité de l'ordonnance du 30 mars. Le 6 avril (1835), le conseil de l'ordre s'assemble extraordinairement, et une commission composée de MM. Philippe Dupin, bâtonnier de l'ordre, Parquin et Odilon Barrot^ rédige une délibération dont voici les conclusions :

« Sans se préoccuper de l'illégalité de l'ordonnance, sans exa- « miner si le mandat qui leur est donné est obligatoire, les avocats « doivent persister à déclarer qu'un appel à leur humanité, à « l'accomplissement des devoirs de leur profession, ne leur sera <( jamais adressé en vain; que toujours, si les accusés y consentent « ou rétractent leur refus, ils seront prêts à payer leur tribut au « malheur. Mais si les accusés persistent dans leur résistance , il « est impossible d'engager avec eux une lutte sans convenance et « sans dignité.

a Dans ces circonstances, le conseil procédant par forme de « simple avis, estime que le parti le plus convenable à prendre « par les avocats est de s'assurer des dispositions des accusés, et, « en cas de refus, d'écrire à M. le président de la Cour des pairs « qu'ils se seraient empressés d'accepter la mission qui leur a été

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