‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 14 sur 201 · CHAPITRE I. 3ft · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. 3ft

nel. Puis prévoyant sur quels points pouvaient roulei' les conversations de la princesse et de M. Ménière, il indi(pia longuement à celui-ci le langage qu'il aurait à tenir, et se complut à lui tracer son nMe.

Marie-Caroline n'avait plus d'autre chance de salut qu'une évasion habilement préparée. L'idée en vint à quelques-uns de ses partisans, et M. de Choulot fut désigné, à son insu, comme le chef de la conspiration. Il s'était rendu digne de ce périlleux honneur par sa hardiesse dans le dévoûment, par les sacrifices de tout genre qu'il avait faits à la cause de la légitimité, et notamment par les fréquents voyages qu'il avait entrepris pour cette cause, et où il avait compromis une partie de sa fortune. Il était alors à Paris, et il revenait de Prague, d'où il rapportait, pour la duchesse de Berri, des lettres, des portraits et des paroles de consolation. Désespérant de pénétrer par la ruse dans la citadelle de Blaye, il s'adressa d'abord au ministre de la guerre, ne cachant rien de ce qu'il avait fait pour la duchesse de Berri lorsqu'elle était encore libre et armée (( Vous vous êtes conduit en vrai chevalier français », dit à M. de Choulot le maréchal Soult, mais il ajouta que, pour être admis auprès de la princesse, une autorisation du roi lui-même ne serait pas suffisante : que c'était là une question d'État, et que les ministres avaient à en délibérer. Le lendemain, M. de Choulot apprit que sa demande était repoussée. 11 ne se rebuta point, écrivit au roi une lettre dans laquelle il redoublait d'instances, et, confiant dans les ressources de son audace, il partit pour Blaye. Il se présente au général Bugeaud, invoque auprès de lui des motifs d'humanité, des motifs d'honneur, et parvient enfin à se faire ouvrir les portes de la prison. Il trouva la

dachesse de Bei ri tiès-abattue, et rejetant sur les souffrances prolongées de sa captivité le tort de la déclaration arrachéeàsa faiblesse. L'entrevue fut courte 5 M. Bugeaud n'avait assigné à la visite qu'une durée de douze ou quinze minutes. Avant de prendre congé de la prisonnière^ M. de Choulot, qui avait formé le projet de la sauver, lui demanda un objet qui pût être un signe de reconnaissance entre les mains de la personne qu'il aurait, peut-être, plus tarda lui envoyer. Alors, la duchesse de lîerri ouvrant un tiroir, lui dit . a Tenez, voici les joyaux de la couronne», et elle lui montrait, parmi quelques o];)jets de fort peu de prix, une chaînette formant anneau. M. de Choulot prit Ja chaînette : et à peine était-il sorti, que, cédant à un sentiment d'orgueil bien naturel chez une mère, la princesse appela le général Bugeaud pour lui montrer les portraits du jeune Henri et de sa sœur. Après une courte apparition dans la chambre de sa prisonnière, le général revint auprès de M. de Choulot, et, par un manque de tact inconcevable, il Tinterrogea sur la grossesse de la duchesse de Berri. M. de (Choulot répondit, comme on devait s'y attendre, qu'il n'était point venu dans la citadelle pour faire des constatations de ce genre, et qu'il n'avait rien remarqué. A ces mots, la figure du général s'enllamme. Il ne cherchait que des témoignages dont les légitimistes n'eussent pas le droit de suspecter la sincérité : il avait compté sur celui de M. de (îhoulot. Trompé dans son attente, il eut peine à retenir sa colère, et il envoya son aide-de-camp, M. de Saint-Arnaud, chez la princesse, pour la prier de se faire voir à M. de Choulot, debout et marchant. Quelque offensante que fut cette proposition, la duchesse de Berri n'osa pas lu rei)ousser. L'épreuve

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