CHAPITRE
Joiii des parages de lîlaye. (]e plan i)orLail l'empreinte d'une déliance dont les ministres n'avaient que trop mérité l'injure. J.e général Bugeaud parutnéanmoins disposé à Tadopter • il répondit à M. Deneux qu'il allait rédiger des propositions qui seraient mises sous les yeux de la duchesse de lierri et des ministres. Et il ajouta que si, les conditions une fois acceptées, le gouvernements'avisaitde manquer à sa parole, il s'emparerait, lui Bugeaud, de la corvette la Capricieuse, et conduirait Madame en Sicile de sa pleine autorité.
Si la duchesse de Berri avait pu croire un instant à la sincérité des promesses de ses ennemis, elle aurait cédé peut-être-, mais elle était convaincue que c'était en pure perte qu'elle autoriserait une constatation dont l'outrageante soUennité était si propre, d'ailleurs, à la remplir d'effroi. Une conversation qu'elle eut sur ce point avec M. Deneux donnera une idée des tourments auxquels était en proie cette malheureuse femme. « J'aime mieux, disait- « elle à son médecin, accoucher à Blayeque consentir à la (( constatation qu'on me demande. Si je fais constater (( mon état, on ne manquera pas de publier le résultat « dans les journaux, et je resterai ici, tandis que la décla- (( ration faite au moment de l'accouchement ne sera pas « rendue publique. — Oh! pour cela, j'ose affirmer que (( Madame se trompe. — Comment ! Monsieur Deneux, « vous croyez que les ministres oseraient la publier ? — « Je ne le mets pas en doute. Madame. — Mais ce serait « une infamie qui n'aurait pas de nom. — Ils le feront, « Madame, soyez-en sure. — Eh bien, s'ils le font, je dite vulgu-erai ce qui devait rester caché, je dirai le nom de « monépoux; mais, comme les lois françaises m'y obligent
« pour légitimer mon enfant, l'odieux de cette révélation (( retombera tout entier sur mes ennemis^ tandis que, si « je faisais constater ma grossesse, c'est moi seule qu'on « accuserait, et Ton ne manquerait pas de dire que j'ai « voulu obtenir ma liberté avant d'accoucher, l'obtenir à « tout prix, parce que mon enfant n'était pas légitime. )>
Ces considérations la décidèrent, et elle écrivit au général Bugeaud pour lui annoncer son refus ^.
Peu de temps après, une dépêche télégraphique mandait M. Ménière à Paris. Là, ce médecin fut appelé dans la salle du Conseil , et il rendit compte devant les ministres assemblés de tout ce qu'il savait sur l'état des choses à Blaye. D'après ces renseignements, il fut décidé d'une manière définitive qu'on ferait accoucher la princesse dans sa prison. Le roi désira ensuite entretenir M. Ménière en particulier. 11 se montra péniblement affecté de la rigueur déployée contre une nièce de sa femme, et se représenta comme la victime des nécessités du régime constitution-
' Voici sa lettre :
a Je ne puis que vous savoir gré, général, des motifs qui vous ont dicté
a les propositions que vous m'avez soumises. A la première lecture, je
« m'étais décidée à répondre négativement. En y réfléchissant, je n'ai point
« changé d'idée. Je ne ferai décidément aucune demande au gouvernement.
a S'il croit devoir mettre des conditions à ma liberté, si nécessaire à ma
« santé, toîit- à-fait détruite, qu'il me les fasse connaître par écrit. Si
a elles sont compatibles avec ma dignité, je jugerai si je puis les accepter.
« En toute occurence, je ne puis oublier, général, que vous avez en toute
0 occasion su allier le respect et les égards dus à l'infortune aux devoirs
a qui vous étaient imposés. J'aime à vous en témoigner ma recon-
« naissance.
« Marie-Caroline. »
Quelques jours après, la duchesse de Berri ayant communiqué cette lettre à M. Deneux, et celui-ci en témoignant sa surprise, la princesse lui dit : « Il faut savoir caresser le lion pour n'en être pas griffé. »