CHAPITRE XI
<( d'un fanatique isolé. « Mais ce qu'un pareil cri avait de noble et de vraiment français, les courtisans, race obsti nément vile, les courtisans étaient hors d'état de rai)i)récier. Ils ne comprirent pas qu'en essayant d'étendie la solidarité de l'attentat, ils calomniaient leur pays^ et, comme c'était le parti républicain qu'ils redoutaient le plus, ce fut à lui que s'adressa d abord l'outrage de leurs soupçons. Un loyal militaire, le général Morand, s'était rendu au Château. Il y annonce que certains détails à lui communiqués tendent à assigner au complot une origine légitimiste, et qu'il est prêt à en faire part à la justice. Aussitôt on s'indigne, on l'interpelle avec aigreur. Pourquoi ne pas laisser sur un parti qu'on a un intérêt spécial à noircir l'odieux d'un semblable crime.? « Ce sont les républicains , murmurent les courtisans -, et une voix qu'on n'avait pas coutume de contredire s'écrie : « Nous savons d'où le coup est p<irti ^ les légitimistes n'y sont pour rien. » « Ce sont les républicains » , s'était aussi écrié Bonaparte, après Taltentat de nivôse.
Quant aux ministres, ils avaient hâte démettre à profit l'événement. Sans autre guide que le soupçon, sans autre règle que la haine, ils ordonnent visites domiciliaires, arrestationspréventives,poursuites.Quilecroirait?M.Thiers étant ministre, Armand Carrel se vit enveloppé dans une persécution ayant pour but ou pour prétexte la recherche des complices d'un assassin! M. Thiers, pourtant, avait connu Armand Carrel dans l'intimité, et il le savait loyal jusqu'au scrupule. S'il le fit arrêter par calcul ou par vengeance^ c'est ce qui! importe peu d'examiner : dans l'un et l'autre cas, le fait n'admet pas d'excuse, et il restera comme une tache sur la mémoire de M. Thiers.
Les ministres ne s'en tinrent pas là. Il y a dans la vie d'un peuple des moments de stupeur si étranges, qu'il n'est rien qui, alors, ne se puisse obtenir de son imbécilité. Les ministres virent bien que la France était dans un de ces moments de surprise épaisse, et ils en profitèrent pour lui ravir ses libertés. « Mon gouvernement connaît ses de- « voirs, et il saura les remplir », avait dit une proclamation royale. Et les journaux ministériels de commenter la menace : il était temps enfin de pourvoir au salut du chef de TÉtat par des mesures énergiques ; il fallait rendre la justice plus prompte dans son action et plus terrible dans ses vengeances; il fallait rendre l'institution du jury plus dure aux accusés 5 il fallait museler la presse et placer définitivement au-dessus de toute discussion, non-seulement la personne du roi, mais encore la monarchie constitutionnelle. Que tardait-on 1^ L'attentat du 28 juillet ne venait-il pas de révéler la source empestée du mal? Voilà ce que les feuilles du gouvernement soutenaient à Tenvi. Comme s'il existait le moindre rapport entre le droit de discussion et les inspirations de la perfidie I Comme si l'acte d'un fou sanguinaire suffisait pour faire mettre en interdit la raison humaine!
Elle n'était pas nouvelle, au surplus, cette exploitation de l'étourdissement d'un peuple, et les ministres de Louis- Philippe n'étaient ici que lesplagiaires delà Restauration. Après l'assassinat du duc de Berri par Louvel, les royalistes n'avaient-ils pas dit : « C'est de la presse de l'Op- <( position que le coup est parti. Le prince vient d'être u poignardé par une idée libérale. » Or, ceux à qui s'adressait la calomnie, à cette époque, c'étaient, entre autres libéraux, MM. de Broglie, Thiers, Cuizot, aujourd'hui