‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 169 sur 201 · CHAPITRE XI. 'i^î · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. 'i^î

ministres ! Le dernier fut miime (rappé alors du coup (pii atteignit M. Decazes, son patron, proclamé par M. (îlauzel de Coussergues le complice de Louvel. Kt maintenant, M. Guizot ne rougissait pas de se faire l'artisan d'une iniquité dont il avait jadis souifert lui-même! Si cela s'appelle la politique, je ne saurais exprimer jusqu'à quel point la politique me fait pitié.

H avait été décidé qu'on ferait aux victimes de l'attentat du 28 des funérailles magnifiques, de vraies funérailles nationales. Auguste et touchante pensée, si le ministère n'y eût associé le projet de faire servir la douleur publique au triomphe des mesures qu'il méditait! Le 5 août (1835), les funérailles eurent lieu. Elles offrirent un inconcevable caractère de tristesse et de grandeur. De Téglise Saint-Paul, où les corps avaient été provisoirement déposés, jusqu'à Thôtel des Invalides, leur destination suprême, ce n'était qu'une immense multitude qu'aucune tempête ne devait troubler, cette fois, et qui roulait lentement à travers la ville, en la remplissant de son silence. Quatorze chars funèbres furent vus s'avançant l'un après l'autre sur le boulevard. Le premier était celui de la jeune fille si cruellement moissonnée par un hasard terrible ^ le dernier, celui du vieux soldat impérial que la mort était venue surprendre dans les distractions d'une fête, après tant et de si dévorantes mêlées ! Venait ensuite, tout cou vert de noires draperies, le cheval de bataille, accompagnant son cavalier immobile à jamais. L'église aes Invalides reçut sous ses voûtes en deuil et inondées de clartés sépulcrales, les dépôts mortels qu onlui venait confler. Puis le roi , suivi de ses enfants, jeta l'eau bénite sur les corps. Et la foule s'écoula peu à peu, toujours silencieuse et recueillie. IV. **9

L'attitude du clergé dans ces circonstances eut quelque chose de manifestement hostile à la dynastie d'Orléans. Après des hésitations offensantes pour la royauté, l'archevêque de Paris s'était enfin décidé à rendre au roi une visite, et même à officier au service funèbre qui devait être célébré dans Téglise des Invalides. Mais les regrets du clergé pourla branche aînée se trahirent dans ces paroles singulières de larchevêque au roi : « Sire, en voyant au- <( jourd'hui le chef et les corps de l'État, doublement « avertis par le malheur et le bienfait, venir apporter <c aux pieds des saints autels un juste tribut de remer- « ciments et d'hommages, la religion espère ! Elle espère « pour la France. Car si Tingratitude envers Dieu a lefu- « neste privilège d'arrêter le cours de ses dons, la recon- <( naissance de la foi a le pouvoir, au contraire, de les <( multiplier et de les faire couler avec abondance sur les <( princes et sur les peuples. »

S'il est une règle d'éternelle sagesse, c'est celle qui prescrit au législateur de se garder, lorsqu'il médite la loi, de toute précipitation passionnée, de toute impression de nature à altérer la sérénité de son jugement. Cependant, dès le 4 août 1835, la Chambre des députés était saisie des projets de lois annoncés par la polémique ministérielle. Dans un exposé des motifs qui démentait l'idée qu'il avait donnée de son caractère, M. de Broglie fît de Téclat de la France, sous l'empire de la presse, un tableau qui présentait, avec le fameux rapport de M. de Chantelauze en 1830, des analogies frappantes. Comme conclusions de l'exposé des motifs, trois projets de loi furent présentés par M. Persil.

L'un, relatif aux cours d'assises, investissait le ministre

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