PROCÈS-VERBAL DE L'ACCOUCHEMENT DE LA DUCHESSE DE BERRI
L'an mil huit cent trente-trois, le dix mai, à trois heures et demie du matin,
Nous soussignés, Thomas-Robert Bugeaud, membre de la Chambre des députés, maréchal-de-camp, commandant supérieur de Blaye ;
Antoine Dubois, professeur honoraire à la Faculté de médecine de Paris:
Charles-François Marchand-Dubreuil, sous-préfet de l'arrondissement de Blaye ;
Daniel-Théotime Pastoureau, président du tribunal de première instance de Blaye ;
Pierre Nadaud, procureur du roi près le même tribunal ;
Guillaume Bellon, président du tribunal de commerce, adjoint au mairc' (le Blaye ;
Charles Bordes, commandant de la garde nationale de Blaye;
Klic Descrambes, curé de Blaye ;
Pierre-Camille Delord, commandant de la place de Blaye;
Claude-Olivier Dufresne, commissaire civil du gouvernement à lacitadelle ;
Témoins appelés à la requête de M. le général Bugeaud, à l'eflet d'assister à l'accouchement de S. A. R. Marie-Caroline, princesse des Deux-Siciles, duchesse de Berri ;
( MM. Merlet, maire de Blaye, et Régnier, juge de paix, témoins également désignés, se trouvant momentanément à la campagne, n'ont pu être prévenus à temps.)
Nous nous sommes transportés dans la citadelle d(; Hlayo, et dans la maison lialtilée par S. A. U. ; nous avons été introduits dans un salon qui précède une chambre dans laquelle lu princesse se trouvait couchée.
M. le docteur Dubois, M. le yéiiéral Hugeaud el M. Delord, conimandaiil de la place, étaient dans le salon dés les premières douleurs; ils oui déclaré aux autres témoins que madame la duchesse de Herri venait d'accoucher à trois heures vingt minutes, après de très-courtes douleurs ; (piils l'avaient vue accouchant, et recevant les soins de MM. les docteurs Deiieuv etMenière; M. Dubois étant resté dans l'appartement jusqu'après la sorlii; de l'enfant.
M. le général Bugeaud est entré demandera madame la duchesse si elle voulait recevoir les témoins; elle a réponau : «Oui, aussitôt qu'on aura nettoyé et habillé l'enfant. »
Quelques instants après, madame d'Hautefort s'est présentée dans le salon, en invitant, de la part de la duchesse, les témoins à entrer, et nous sommes immédiatement entrés.
Nous avons trouvé la duchesse de Béni couchée dans son lit, ayant un enfant nouveau-né à sa gauche ; anx pieds de son lit étaient assises madame d'Hautefort, madame Hansler; MM. Deneux et Menière étaient debout h la tète du lit.
M. le président Pastoureau s'est approché de la princesse, et lui a adressé à haute voix les questions suivantes :
« Est-ce à madame la duchesse de Berri que j'ai l'honneur de parler?
« Oui.
« Vous êtes bien madame la duchesse de Berri?
« Oui, Monsieur.
a L'enfant nonveau-né qui est auprès de vous est-il le vôtre?
« Oui, Monsieur, cet enfant est de moi.
« De quel sexe est-il?
« Il est du sexe féminin. J'ai d'ailleurs chargé M. Deneux d'en faire la déclaration. »
g^Et à l'instant Louis-Charles Deneux, docteur en médecine, ex-professeur de clinique d'accouchement de la Faculté de Paris, membre titulaire de l'Académie royale de médecine, a fait la déclaration suivante :
« Je viens d'accoucher madame la duchesse de Berri, ici présente, épouse a en légitime mariage du comte Hector Lucchesi-Palli, des princes de « Campo- Franco, gentilhomme de la chambre du roi des Deux-Siciles, « domicilié à Palerme. »
M. le comte de Brissac et madame la comtesse d'Hautefort, interpellés par nous s'ils signeraient la relation de ce dont ils ont été témoins, ont
iSO HISTOIRE DE DIX ANS.
répondu qu'ils étaient venus ici pour donner leurs soins à la duchesse de •IJerri comme amis, mais non pour signer un acte quelconque.
De tout quoi nous avons dressé le présent procès-verbal en triple expédition, dont lune a été déposée en notre présence aux archives de la cita- -delle ; les deux autres ont été remises à M. le général Bugeaud, gouverneur, que nous avons chargé de les adresser au gouvernement, et avons signé après lecture laite, les jour, mois et an que dessus.
Siync : Dexeux ; A. Dubois ; P. Memiire, D. M. P. ; Blgeald ; \}EscK\yiBE'>, cure de Blatje ; Marchand-Dibrelil ; Bellon : Pastoireai ; Nadaid; Bordes; Delord ; 0. Difresne.
Extrait des registres des actes de naissance de la ville de Blaye, département de la Gironde.
Aujourd'hui div mai mil huit cent trente-trois, à midi, nous André- Victor Merlet, maire de la ville de Blaye, ofiicier de l'état civil, nous sommes présenté, sur la demande de M. le général Bugeaud, avons été introduit -dans la chambre à coucher de S. A.B. Marie-Caroline, princesse des Deux- Siciles, duchesse de Berri, dans laquelle se trouvait, M. Louis-Charles Deneux, docteur en medtcir.c, etc., accuueheur ordinaire de madame la -duchesse de Berri, âgé de soixante-cinq ans, domicilié à Pari.*, rue Saint- (iuillaume, n'' oG, dixième arrondissement, de présent à la citadelle de Blaye;
Lequeijnous a présenté un enfant nouveau-né, que nous avons reconnu être du sexe féminin, et nous a déclaré en présence de madame la duchesse de Berri, et auprès de son lit, « que son Altesse royale Marie-Caroline, a duchesse de Berri, épouse en légitime mariage du comte Hector Lucchesi- <i Palli, des princes de Campo-Franco, gentilhomme de la chambre du roi * des Deux-Siciles, domicilié àPalerme, ledit comte absent, est accouchée « cejourdhui à trois heures vingt minutes du matin, dndit enfant, auquel a ont été donnés les prénoms de Anne-Marie-Rosalie. »
Après cette déclaration faite à haute voix, madame la duchesse de Berri l'a confirmée en nous attestant qu'elle contenait la vérité, et qu'elle voulait en ell'et donner à son enfant les prénoms à' Anne- Marie-Rosalie.
Laquelle déclaration, présentation et véritication ont eu lieu en présence <le messieurs :
r Antoine Dubois, professeur honoraire à la Faculté de médecine de Paris, âgé de soixante-dix-sept ans, demeurant à Paiis, rue Monsieur-le- Prince, n» 12 ;
2" Prospère Menière, docteur en médecine, professeur agrégé à la Faculté
de inédecine de Paris, chirurgien du quatrième dispensaire de la Société philanthropique et des bureaux de bienfaisance du 1 1** arrondissement, âgé de trente-quatre ans, demeurant à Paris, rue Pavée-Saint-André-des- Arcs, n» 42 ;
l.esquels sus nommés ont été présents à raccouchement ;
3" Thomas-Uobert Bugeaud, ci-dessus qualilié;
4" Charles-François Marchand-Dubreuil, id.
.V Daniel-Théotime Pastoureau, ///.
G" Pierre Nadaud, id,
7*' Guillaume Belion, /,r/.
8" Charles Bordes, id.
9" Pierre-Camille Delord, id.
10" Claude Olivier-Dufresne, id.
11" Jean-Baptiste Régnier, /(/.
Et 12" Achille de Saint-Arnaud, officier d'ordonnance du général Bugeaud, âgé de trente-quatre ans, demeurant ordinairement à Paris.
Lesquels témoins et déclarants ont signé avec nous le présent acte, après lecture faite.
Si(jnc au registre : Deneux ; A. Dubois; P. Menière, D. M. P.; Bugeaud,
maréchal-de-camp ; Marchand-Dubreuil, sous-prcfet ; Pastoureau;
Nadaud; Bellon ; Bordes; Delord; Régnier; 0. Dufresne ; A. de
Saint-Arnaud, et Merlet, maire.
Délivré conforme au registre par nous, maire de la ville de Blaye. — Blaye, le 10 mai 1833.
Le maire, Merlet.
Vu par nous, Daniel-Théotime Pastoureau, président du tribunal de première instance de l'arrondissement de Blaye, pour la légalisation de la signature ci-dessus apposée de M. Merlet, maire de la ville de Blaye.
Blaye, le 10 mai 1834. Signé Pastoureau.
TRAITÉ D'UNKIAR-SKÉLESSI.
s. M. L le très-haut et très-puissant empereur et autocrate de toutes les Russies, et S. H. le très-haut et très-puissant emperereur des Ottomans, également animés du sincère désir de maintenir le système de paix et d'harmonie heureusement établi entre les deux Empereurs, ont résolu d'étendre et de fortifier la parfaite amitié et la confiance qui régnent entre elles par la conclusion d'un traité d'alliance défensive.
iS2 HISTOIRE DE DIX ANS.
En conséquence, LL. MM. ont choisi et nommé pour leurs plénipotentiaires, savoir : S. M. l'empereur de toutes les Russies, les excellents et trèshonorables le sieur Alexis comte Orloff, son ambassadeur extraordinaire près la Sublime-Porte Ottomane, etc., etc.
Et le sieur Apollinaire Bouteniefî, son envoyé extraordinaire près la Sublime-Porte Ottomane, etc., etc.
Et S. H. le sultan des Ottomans, le très-illustre et très-excellent, le plus ancien de ses visirs, Khosrew-Méhémet-Pacha, Séraskier, commandant en chef des troupes régulières, et gouverneur général de Constantinople, etc. ; les très-excellents et très-hocorablesFerzi-Akmet-Pacha, mouchir et commandant de la garde de S. H., etc., etc.,etHadji-Méhémet-Akif, Effendi, Reis-EfTendi actuel ; etc., etc.
Lesquels, après avoir échangé leurs pleins-pouvoirs trouvés en bonne et due forme, sont convenus des articles suivants.
Art. 1". 11 y aura à jamais paix, amitié et alliance entre S. M. l'empereur de toutes les Russies et S. M. l'empereur des Ottomans, leurs empires] et leurs sujets, tant sur terre que sur mer. Cette alliance ayant uniquement pour objet la défense commune de leurs États contre tout empiétement. LL. MM. promettent de s'entendre sans réserve sur tous les objets qui concernent leurs tranquillité et sûreté respectives, et de se prêter, à cet eliet, mutuellement des secours matériels et une assistance efïïcace.
Art. 2. Le traité de paix conclu à Andrinople, le 2 septembre 1829, .linsi que les autres traités qui y sont compris, de même aussi la convention signée à Saint-Pétersbourg, le 14 avril 1830, et l'arrangement conclu à Constantinople, le 9 (21) juillet 1833, relatif à la Grèce, sont confirmés dans toute leur teneur par le présent traité d'alliance défensive, comme si lesdites transactions y avaient été insérées mot pour mot.
Art. 3. En conséquence du principe de conservation et de défense nmtuelles qui sert de base au présent traité d'alliance, et par suite du plus sincère désir d'assurer la durée, le maintien et entière indépendance de la Sublime-Porte, S. M. l'empereur de toutes les Russies, dans le cas où les circonstances qui pourraient déterminer de nouveau la Sublime-Porte à réclamer l'assistance morale et militaire de la Russie viendraient à se présenter, quoique ce cas ne soit nullement à prévoir, s'il plait à Dieu, promet de fournir, par terre et par mer, autant de troupes et de forces que les deux parties contractantes le jugeraient nécessaire. D'après cela, il est convenu qu'en ce cas les troupes de terre et de mer dont la Sublime-Porte réclamerait le secours seront tenues à sa disposition.
Art. 4. Selon ce qui a été dit plus haut, dans le cas où l'une des deux, Puissances aura réclamé l'assistance de l'autre, les frais seuls d'approvi-.
DOCUMENTS HISTORIQUES. 48.'ï
sionnement pour les forces de terre et de mer qui seraient fournies tomberont à la charge de la Puissance qui aura demandé le secours.
Art. 5, Quoique les deux hautes Puissances contractantes soient sincèrement intentionnées de maintenir cet engagement jusqu'au temps le plus éloigné, comme il se pourrait que, dans la suite, les circonstances exigeassent qu'il fût apporté quelques changements à ce traité, on est convenu de fixer sa durée à huit ans à dater du jour de l'échéance des ralilicalions impériales. Les deux parties, avant l'expiration de ce temps, se concerteront, suivant l'état où seront les choses à cette époque, sur le renouvellement du même traité.
Art. g. Le présent traité d'alliance détlnitive sera ratifié par les deux hautes parties contractantes, et les ratitications en seront échangées à Constantinople, dans le terme de deux mois, ou plus tôt, si faire se peut.
Le présent traité, contenant six articles, et auxquels il sera mis la dernière main par l'échange des ratifications respectives, ayant été arrêté entre nous, nous l'avons signé et scellé de nos sceaux, eu vertu de nos pleins-pouvoirs, et délivré, en échange contre un autre pareil, entre les mains des plénipotentiaires de la Sublime-Porte Ottomane.
Fait à Constantinople, le 26 juin, l'an 1833 (le 20 de la lune de Lefer, l'an 1 ,249 de l'Hégire ).
Signé Comte Alexis Orloff. (L. s.) Signé A. Boutenief. ( L. S. )
Article séparé et secret du précèdent traité d'alliance.
En vertu d'une des clauses de l'article 1" du traité patent d'alliance définitive entre la Sublime-Porte et la Cour impériale de Russie, les deux parties contractantes sont tenues de se prêter mutuellement des secours matériels et l'assistance la plus efficace pour la sûreté de leurs États respectifs. Néanmoins, comme S. M. l'empereur de toutes les Russies voulant épargner à la Sublime-Porte Ottomane les charges et les embarras qui résulteraient pour elle de la prestation d'un secours matériel, ne demandera pas ce secours, si les circonstances mettaient la Sublime -Porte dans l'obligation de le fournir, ta Sublime-Porte Ottomane, à ta place du secours qu'elle doit prêter au besoin, d'après le principe de réciprocité du traité patent, devra borner son action, en faveur de la Cour impériale de Russie, àj'ermer le détroit des Dardanelles, c està-dire à ne permettre à aucun bâtiment de guerre étranger d'if entrer sous un prétexte quelconque.
Le présent article, séparé et secret, aura les mêmes force et valeur que .«'il était inséré dans le traité d'alliance définitive de ce jour.
Fait à Constantinople, le 3G juin, l'an 1833 (le 20 de la lune de Lefer, i'an 1,24 9 de l'Hégire).
Signé (vomte Alkxis Orloff. (L. S.) Sigîié A.BouTENiEF. (L. S.)