CHAPITRE I
volontaires de captivité reçurent la défense, Theure de la retraite une fois passée, devenir, à traversées barreaux, respirer l'air du soir.
Ainsi soumise à une contrainte que la vivacité de son esprit lui rendait plus dure encore, et précipitée dans une prison où elle n'avait même plus les amers plaisirs de l'incertitude et les distractions de la lutte, Marie-Caroline sentit que son courage était moindre que son malheur. Son isolement, le visage composé de ses gardiens, Taspect de la guerre autour de sa demeure nouvelle, les clameurs du soldat tour à tour joyeuses et menaçantes, et dans le silence de la nuit le qui-vive inquiet des sentinelles, tout cela la remplissait de trouble : sa captivité bientôt l'accabla .
Pour en partager les rigueurs, M. de Mesnard et M^^^ Stylite de Kersabiec s'étaient d'abord présentés ^ mais, réclamés presqu'aussitôt après par les tribunaux de Montbrison et de Nantes, ils durent laisser à M. de Brissac et à ^|me d'Hautefort l'héritage de leur dévoûment. Quoiqu'estimés par la princesse, M. de Brissac et M"*^ d'Hautefort avaient une trop faible part dans sa conflance pour qu'elle s'ouvrit à eux de ses résolutions les plus graves ^ ils neurent point par conséquent à la guider par leurs conseils, mais ils contribuèrent à calmer son cœur.
Ses souffrances, toutefois, ne furent pas sans adoucissement, au moins dansâtes premiers jours. Le colonel Chousserie avait une àme généreuse : il sut tempérer par sa courtoisie ce que Taccomplissement de son devoir présentait de rigoureux. D'ailleurs , on ignorait encore jusqu'à quel point la mère du duc de Bordeaux s'était rendue coupable , et elle recevait dans sa prison les
preuves les j)lus consolantes de fidélité. De Genève, M. de Chateaubriand lui écrivit :
V Madame ,
« Vous me trouverez bien le'me'raire de venir vous importuner dans un pareil moment pour vous supplier de m'accorder une grâce, dernière ambition de ma vie : je de'sirerais ardemment être choisi par vous au nombre de vos de'fenseurs. Je n'ai aucun titre personnel à la haute faveur que je sollicite auprès de vos grandeurs nouvelles ; mais j'ose la demander en me'moire d'un prince dont vous daignâtes me nommer l'historien : je l'espère encore comme le prix du sang de ma famille. Mon frère eut la gloire de mourir avec son illustre aïeul, M. de Malesherbes, défenseur de Louis XVI, le même jour, à la même heure, pour la même cause et sur le même e'chafaud.
« CUATEALBRIAND. m
Avant de quitter Nantes , et peu de temps après son arrestation, la duchesse de Berri avait déjà reçu d'autres témoignages de dévoùment, plus obscurs, sans doute, mais non moins émouvants. Les demoiselles Duguigny ayant demandé la grâce de passer une journée auprès de celle qui avait eu un asile dans leur maison, Charlotte Moreau joignit à leur lettre les lignes suivantes : « Si mate dame n'en trouve pas indigne une pauvre femme de « chambre qui Fa servie de tout son cœur, je sollicite la <( même grâce que mes maîtresses. »
Mais le moment approchait où tout allait manquer à !a duchesse de Berri, même la fidélité de ses partisans les plus fanatiques. Et cet abandon fut mérité : car il suivit la divulgation d'un secret terrible, divulgation dont le scandale ne fut pas une trop sévère expiation de l'attentai que la duchesse de Berri avait commis, lorsque faisant du