CHAPITRE 1. 4S
tour M. Dubois. L'ordre est donné de tirer le canon pour appeler dans la citadelle les témoins logés dans la ville, Déjà MM. Deneux et Méniére s'ennpressaient autour de Marie-Caroline. Bientôt, arrivent dans le salon le général Bugeaud. M. Delort, commandant de la place, M. Dubois, et les oiïiciers de service. Des messages circulent de toutes parts dans la citadelle, se croisent sur les remparts, courent à la porte Dauphine. Trois coups de canon retentissent. (( Qu'est-ce donc? » s'écrie la princesse avec inquiétude. On la rassure et on la supplie de veiller sur ses souffrances, d'attendre encore Et la princesse de répondre à ces prières doublement cruelles : « Mais ne K craignez-vous pas que ce retard ne soit fatal à mon ente faut? » M. Dubois s'était approché de la chambre à coucher, M. Ménière se plaça aussitôt de façon à empêcher que Marie-Caroline ne l'aperçût. En même temps, madame Hansler lui disait tout bas, mais avec beaucoup de vivacité : « Retirez-vous, Monsieur, retirez-vous donc! » Ce fut pendant cette scène que M. Deneux opéra la délivrance; et il reçut immédiatement après , des mains de la princesse, la déclaration qu'il devait faire aux témoins. Marie- Caroline témoigna le désir de voir M""* d'Hautefort, qu'on alla prévenir sur-le-champ 5 puis, ayant aperçu M. Bugeaud dans le salon, elle dit à M Ménière : « il peut entrer si cela lui plaît. » Le général s'approcha, et elle lui tendit la main : k J'ai appelé dès que j'ai senti la prête mière douleur. J'ai fait ce que j'ai pu etje crois que tout « ira bien. « Paroles qui expriment d'une manière poignante l'état de soumission et de contrainte dans lequel avait jusqu'alors vécu cette princesse infortunée ! Alors, et par un mouvement louable de sensibilité, le général lui
lut une dépèche ministérielle qu'il avait reçue la veille et dont il savait que la lecture serait douce à son cœur. Elle le remercia avec effusion, et, comme il se retirait .- a Gé- « néral, vous avez deux filles ^ eh bien, en voici une troi- « sième. )> Déjà elle avait dit à M. Ménière, en parlant du personnage mystérieux qui, dans ce moment, régnait sans doute sur sa pensée : « Il sera heureux : il désirait tant K une fille ! »
Pendant ce temps, les témoins étaient arrivés. Tout étant disposé pour les recevoir, le général Bugeaud en fut prévenu. M""** d'IIautefort se trouvait en ce moment auprès de la princesse, et à l'attitude de cette dame, à l'impatience de ses mouvements, à l'altération de son visage, on voyait assez tout ce qu'avait de douloureux pour elle cette mise en scène d'un drame odieux. Telle était son agitation, que, les témoins tardant à paraître , elle s'avança par la porte et dit d'une voix impérieuse : « Mais, Messieurs, Madame (( vous attend. » Les témoins entrèrent, graves et dominés par une secrète émotion. M. le président Pastoureau fit à la princesse les questions relatées au procès-verbal ^ Elle y répondit sans hésitation ^ et l'on se rendit dans le salon pour dresser l'acte. Cette formalité remplie, M. Deneux fut sommé par le président de dire quelle était la personne qu'il venait d'accoucher. 11 y eut un moment de silence. Etait-ce la déclaration d'un mariage légitimequ'on
' Voir aux documents historiques, n** 4, cet étrange procès-verbal ; il fut rédigé avec plus d'empressement que de soin, et il contient quelques inexactitudes. On y donne à entendre, par exemple, que ce fut dans la chambre de la princesse et en sa présence que M. Deneux fit la fameuse déclaration. Or, cette déclaration fut faite, non dans la chambre à coucher, mais dans le salon ; circonstance dont le parti légitimiste, s'il eût persisté dans ses dénégations, aurait pu aisément exagérer l'importance.