CHAPITRE II. ë
plus imposés^ pour resserrer encore davanlage le monopole, la (Ihambre des pairs décida que le droit d'élire ne serait attribué qu'aux citoyens portés sur la liste électorale et sur celle du jury, sauf à leur adjoindre les plus imposés dans les cantons qui n'auraient pas cinquante habitants inscrits sur ces listes. Quant au droit d'éligibilité, les deux Chambres en attachèrent Texercice au paiement d'un cens de 200 francs pour le conseil général et de 150 fr. pour le conseil d'arrondissement.
Les modifications de la pairie ayant été adoptées parla Chambre des députés, la loi fut votée définitivement le 10 juin 1 833. Elle consacrait, dans ce qu'il y a de plus vicieux, le système de la centralisation administrative -, elle maintenait dans les conseils d'arrondissement un rouage inutile, une autoritésans attribution • enfin, elle consacrait, jusque dans la sphère des délibérations locales, ce monopole électoral, instrument d'oppression aux mains d'une bourgeoisie qui avait accaparé la fortune de la France, et n'avait proclamé la souveraineté du peuple que pour mieux la détruire.
Mais cette impuissance de la bourgeoisie à gouverner la société d'une manière équitable et forte devait ressortir bien plus clairement encore de la loi sur l'instruction primaire. Ici, tout était à créer. Pour l'enseignement des fils du pauvre, la Convention avait conçu des plans dignes de son audace et aussi vastes que son génie ^ mais elle n'avait pas eu le temps de les réaliser, ayant le monde à étonner, à vaincre et à convertir. A l'Empire, impatient de combler le gouffre où les générations disparaissaient englouties, à l'Empire il n'avait fallu qu'une pépinière de soldats. Plus tard, sous la Piestauration, partagée entre le
fanatisme et l'hypocrisie, robscuranlisme était devenu moyen de gouvernement, et la propagation des lumières révolte. Ce n'était donc pas de réformer qu'il s'agissait après 1830, il s'agissait de fonder. Malheureusement, les hommes manquaient à l'œuvre^ et c'est ce que prouva bien le projet de loi présenté par M. Guizot sur l'instruction primaire.
Ce projet portait que l'instruction primaire comprendrait des écoles élémentaires et des écoles supérieures ^ que dans les premières on enseignerait aux enfants des principes de religion et de morale, la lecture, l'écriture, les éléments de la langue française et du calcul, le système légal des poids et mesures -, que dans les secondes on enseignerait les éléments de la géométrie, le dessin linéaire, l'arpentage, des principes de science physique et d'histoire naturelle, le chant, des éléments d'histoire et de géographie; que tout individu âgé de dix-huit ans pourrait ouvrir une école primaire, sans autres conditions qu'un certificat de moralité et de capacité délivré par le maire, sur l'attestation de trois conseillers municipaux; qu'indépendamment des écoles ])rivées, toute commune serait tenue d'entretenir une école publique-, que l'école primaire publique serait placée sous la surveillance d'un comité local et d'un comité d'arrondissement ; qu'on n'y admettrait gratuitement que les enfants désignés par les conseils municipaux comme incapables de payer la rétribution-, que l'instituteur aurait pour minimum d'appointements : dans les écoles élémentaires deux cents francs par an, et dans les écoles supérieures quatre cents, plus une rétribution mensuelle déterminée par le conseil municipal ; qu'il serait établi, en faveur des instituteurs pri-