‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 38 sur 201 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Voxercice régulier el continu de sa puissance sur tous les points du sol que le peuple s'entretient dans le sentimeiit de sa dignité. En i)erdant l'usage fréquent de ses facultés, il arrive à i)erdre la conscience de sa force, et de 1 indiirérence il tombe dans Thébètement. Là où Tautorité centrale se fait dépositaire, même des intérêts locaux, la vie publique, violemment refoulée au même lieu, y devient confuse et tumultueuse, tandis que partout ailleurs elle est inerte. Le cœur de la société bat trop vite; et les membres, desquels s'est retiré tout le sang, restent sans vigueur et glacés. Quand, sous Dioctétien, le pouvoir central des empereurs se fut infdtré dans l'administration, quand des fonctionnaires accourus de Romeeurent fait intervenir la volonté impériale dans toutes les mesures locales : dans la construction d'une fontaine, raifranchissement d'un esclave, la nomination d'un magistrat local, l'empire se précipita vers sa ruine. Ne trouvant plus dans le libre exercice de leur pouvoir la compensation de leurs charges, les cur laies cherchèrent à se perdre dans les rangs du clergé ou de l'armée. Mouvement fatal de dissolution qui livra aux barbares, venus du nord, la société romaine, énervée, désarmée, déjà morte. Voilà ce qu'auraient dû se rappeler et M. Mauguin et le gouvernement dont il appuyait en cette occasion les doctrines. Et certes, ils n'auraient pas demandé que, sous la main d'un pouvoir central chargé d'une besogne impossible, la société demeurât complètement passive ^ ils n'auraient pas demandé qu'autour de Paris, en proie à tous les dé- * sordres d'une vie surabondante, la France s'abimàt dans l'impuissance et la langueur, s'ils avaient visité la plupart de nos communes, et tant de pâles cités, où à des aspi-

rations brûlantes, à des élans de patriotisme et d'orgueil, à une vie mêlée de grandes joies et de nobles xiouleurs, l'excès de la centralisation administrative a fini par substituer cette symétrie, ce calme, cette stabilité morne, qui ne sont autre chose que la régularité dans l'oppression, le silence dans l'abaissement, l'immobilité dans la servitude !

Quoi qu'il en soit, la Chambre des députés, en se déclarant pour le maintien des conseils d'arrondissement, donna raison au principe de la centralisation administrative. Mais ce même principe, elle se hâta de l'abandonner en décidant qu'il y aurait 1" dans le conseil général autant de membres que Ton compterait de cantons dans le département^ 2** dans le conseil d'arrondissement, autant de membres que l'on compterait de cantons dans l'arrondissement.

Portée à la Chambre des pairs, la loi y subit des modifications importantes, mais qui, cependant, n'attaquaient point l'ensemble du système. En donnant à chaque canton un représentant au conseil général, la Chambre élective avait voulu que le nombre des conseillers ne pût dépasser le chiffre GO : la Chambre des pairs fixa le chiffre 30 pour maximum. Fidèle aux traditions de ce libéralisme inquiet que le 18^ siècle avait porté dans ses fiancs, la Chambre élective, sur la motion de M. Comte, vivement appuyée par M. Dupin aîné, avait exclu les prêtres de la catégorie des éligibles, la Chambre des pairs condamna cette exclusion, en dépit du jansénisme obstiné de MM. de Montlosier et Rœderer. La Chambre élective avait décidé qu'on appellerait à l'élection des membres des conseils, les citoyens inscrits sur la liste du jury, les électeurs politiques et, en outre, un citoyen sur deux cents, pris parmi les

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