CHAPITRE II. 'M
(aiice, digne cL capable de la liberté. A la nuit tombante, la Coule avait disparu. Un calme profond régnait dans l^aris ; et Ton n'entendait plus, sur la place de la liourse et aux^ environs, que le pas mesuré des patrouilles vigilantes.
Mais à cette société où tout n'était que haine, oppression et désordre, chaque jour apportait un sujet nouveau d'inquiétude. Vers la lin du mois d'octobre, des coalitions d'ouvriers s'étaient formées sur tous les points du royaume, et l'on passait de l'anarchie politique à l'anarchie sociale. A Lyon, les ouvriers charrons et les ouvriers tireurs d'or cessèrent leurs travaux. A Caen, les ouvriers menuisiers s'ameutèrent, réclamant une réduction du temps de travail. Au Mans, les ouvriers tailleurs avaient déserté leurs ateliers-, les maîtres appelèrent des ouvriers étrangers et prirent des arrangements avec eux. Plus heureux que leurs frères du Mans, les porcelainiers de Limoges paivinrent à faire adopter leur tarif. Mais ce fut à Paris, surtout, que ce mouvement de la classe laborieuse éclata d'une manière poignante et redoutable. Les ouvriers bijoutiers demandaient une diminution d'une heure dans la journéede travail. Le 20octobre, ils seréunirent, aunombre de douze ou quinze cents, à la barrière des Amandiers, et là ils décidèrent qu'ils formeraient une association de secours mutuels ^ qu'ils se grouperaient en divisions de vingt membres dont chacune choisirait un délégué , et que les délégués réunis nommeraient une commission de cinq membres chargée de traiter avec les fabricants. Le 27 octobre, une réunion d'ouvriers cordonniers eut lieu à la barrière du Maine, et une commission fut nommée pour proposer et débattre une augmentation de salaire. Les garçons boulangers, dont le travail est si rude et la vie si
courte, avaient aussi élevé la voix pour que l'existence leur fut mesurée avec moins de cruauté et d'avarice ^ ils consentirent, néanmoins, à travailler au taux de Fancien tarif pendant tout le temps nécessaire à rétablissement d'un tarif nouveau, et les syndics de la boulangerie furent choisis comme arbitres. Enfin, et pour terminer cette lamentable énumération, le 28 octobre, une assemblée de plus de trois mille tailleurs, réunie à la Rotonde, barrière du Maine, décidait ce qui suit :
« Considérant que, par une circulaire en date du 2 S <( octobre courant, les maîtres tailleurs ont été invités à (( se réunir entre eux pour s'entendre contre les ouvriers ^ « que, par suite de cette coalition autorisée par la police, " plusieurs ateliers de maîtres tailleurs ont été fermés, « l'assemblée arrête les mesures ci-après : 1° la société (( philanthropique des ouvriers tailleurs vote à l'unanimité « qu'elle met à la disposition de son conseil les fonds de (( la société, pour créer un établissement de travail ; « 2" rétablissement ne vendra, strictement, que le prix « courant de la marchandise, prise de première main: (( 3° le conseil de la société philanthropique réglera les in- <( térèts de rétablissement, et des mesures seront prises » pour en faire Touverture avant la fin de la semaine -, « 1" les ouvriers sont organisés par compagnie de vingt « pour la distribution des secours qui leur sont néces- « saires ^ dans chaque compagnie, les ouvriers de cette « corporation provisoire se nourriront à l'instar des mili- (( taires. Les ouvriers travaillant chez les maîtres dont « l'ouvrage ne peut éprouver aucune augmentation, s'en- « gagent volontairement à apporter leurs dons, par verce scmerit lixe, pour les ouvriers sans travail. »