CHAPITRE II
Ainsi le principe inhumain de la concurrence portait ses fruits ! Ainsi, sousle gouvernement imbécile du laisse%faire et du laissez-passer^ la guerre commençait entre le maître et l'ouvrier, guerre petite à son origine, mais d'une portée sublime et formidable ; car elle devait avoir pour résultat final de compléter les victoires de TÉvangile, par Tabolition du prolétariat, seconde formede Tesclavage .
Cette portée des coalitions, les ministres avaient la vue trop courte pour Tapercevoir. Dans les symptômes d'une prochaine révolte du monde, dans les premiers tressaillements d'une race proclamée libre et pourtant asservie, leur ignorance ne vit que quelques tentatives factieuses, et un vaste système d'arrestations s'organisa.
Une association républicaine s'était formée pour la défense de la liberté individuelle et de la liberté de la presse, et cette association comprenait divers comités ^ Le comité d'enquête fut chargé de recueillir tous les faits relatifs aux arrestations : et ces faits furent exposés, dans un rapport aussi poignant qu'énergique, par M. Pagnerre, l'un des secrétaires du comité d'enquête. Le rapport reçut une publicité considérable, souleva une polémique ardente Maison dissipa les réunions d'ouvriers par lu
force ; on contint les mécontents par la menace. De pauvres journaliers furent traités en malfaiteurs 5 les prisons se remplirent, et les ministres crurent avoir pourvu suffisamment au salut de la civilisation menacée.
' Ces comités se composaient de MM. Lafayetle, Garnier-Pagès, Gormenin , Voyer-d'Argenson, Joly, Audry de Puyraveau, Cabet, députés; A. Canel, A. Marrast, Guinard, J. Bernard, Pagnerre, Dupont, Marie, Boussi,Rittiez, Audiat, Boissaye, Conseil, Desjardins, G. Cavaignac, Marchais, Fenet, Et. Arago.
Mais ce qui échappait à la sagacité du gouvernement.. ses ennemis le mettaient en relief avec un zèle infatigable, tantôt découvrant les plaies, tantôt cherchant les remèdes.
Déjà au mois de février 1833. un grand citoyen. M. Charles Teste, avait publié un projet de constitution qui avait pour bases les deux articles que voici : « Tous « les biens mobiliers ou immobiliers renfermés dans le « territoire national, ou possédés ailleurs par les mem- « bres de la société, appartiennent au peuple, qui, seul, (( peut en régler la répartition. — Le travail est une dette (( que tout citoyen valide doit à la société: l'oisiveté doit (( être flétrie comme un larcin et comme une source intact rissable de mauvaises mœurs. » Toutes les dispositions du projet portaient l'empreinte de ce courageux et noble puritanisme. C'est ainsi que M. Charles Teste établissait des comités de réformateurs chargés de veiller sur les mœurs publiques et de faire dépendre de l'accomplissement des devoirs d'honnête homme l'exercice des droits de citoyen. Mais de semblables dispositions n'étaient de nature ni à être acceptées ni à être comprises, au milieu d'une civilisation profondément corrompue. Et M, Charles Teste lui-même était si loin de se faire illusion sur l'état des esprits, que, pour ménager le voltairianisme de plusieurs de ses amis, il s'était abstenu de donner pour fondement à sa constitution le sentiment religieux, qu'il savait être la source de toute poésie, de toute force et de toute grandeur.
Il fallait pourtant que cette civilisation égarée retrouvât son chemin, car elle marchait évidemment vers quelque horrible catastrophe. Dans des écrits où malheureusement